02 doctorantes congolaises très déjantées à Dakar

Une des plus belles aventures qu’il m’ait été accordée de vivre en 2020, c’est de réaliser ce voyage de recherche avec Gloria, à Dakar. Nous avons tout élaboré dans les moindres détails. Pas surprenant que nous ayons acheté nos billets d’avion, le même jour, à la même heure. Rires.

Stop ! Avant d’aller plus loin, il faut bien une mise en contexte. J’ai commencé la rédaction de cet article en décembre 2020. Je réalise en fait, qu’une partie de moi résiste encore à accueillir 2021. Ça dure 15 jours déjà quand même ! Donc je disais, j’ai commencé à rédiger, j’ai dû arrêté. Lorsque j’ai dit à Gloria que j’écrivais un texte pour raconter notre aventure, elle m’a fait remarquer qu’elle n’était pas très d’accord avec le terme « doctorantes » que je nous attribuais. Mais voyons Gloria, nous sommes doctorantes ou pas ?

Cette interrogation a aussi été une remise en question pour moi. Lorsque tu n’es pas encore arrivé, mieux vaut ne pas déjà crier haut. Mais en réalité, ce n’est tellement pas la peur de ne pas y arriver. Lorsqu’on est jeune, on se cherche. Je suis une personne qui fait plein de choses à la fois. Gloria se moque drôlement en me rappelant les 14 formations que je suis simultanément. Rires. Elle exagère. La recherche scientifique est la chose qui me passionne le plus en ce moment. Cependant, je reste une adepte de changement. Si j’ai traîné 3 ans en Master, c’est parce que je n’ai cessé de me demander si je voulais réellement de ce Master ou pas, et pourquoi je le voulais ? Je ne sais pas encore si les choses vont changer. Serait-il mieux de taire ce statut, jusqu’à l’atteinte de l’objectif principal ? On ose espérer que tout se passera bien. Inchallah ! (Tendresse dira qu’elle m’a définitivement perdue).

Comment alors raconter cette aventure, si ce n’est en tant que doctorantes ? Quels éléments doivent figurer ou pas ?

Il y a quelques années, une de mes petites sœurs m’avait annoncé de gaieté de cœur, espérant implicitement une validation de ma part, qu’elle part étudier la médecine en RDC, après avoir essuyé un échec au concours d’entrée à la seule Faculté de médecine au Congo. Je suis experte en discours, Gloria n’en peut plus de moi. Après lui avoir rappelé ce que je pensais sincèrement d’elle, je lui ai lancé le sourire aux lèvres : je suis fière de toi. Fière qu’elle ait pensé cette alternative. Quelques mois après, elle rentrait désespérément à la maison n’ayant pas trouvé son compte à Kin. Les formations ne lui correspondaient pas. Bref, c’était compliqué.

Pour autant, je n’étais plus fière d’elle ? Je me rends compte que je fais beaucoup d’efforts pour ne pas juger et profiter des failles des autres pour jeter mes insécurités. J’étais surprise. Comment ça se fait ? Ce n’est pas bien grave, tu vas trouver autre chose.

Lorsque j’ai pensé Girls Talk, j’en ai parlé à la majorité de mes amies. Toutes n’ont pas adhéré malgré mon insistance et ma motivation pour cette initiative que je décrivais « commune » : Viens ça te fera du bien, tu verras. Je livrais ce discours, convaincue de racheter et de guérir les âmes des femmes condamnées au silence dans une société injuste et inégalitaire. Certaines m’ont froidement répondu non. Ce refus n’avait aucunement changé nos rapports. Elles ne voulaient pas simplement, c’était tout. Je n’ai pas cherché de gauche à droite une justification de leur refus. Ça me fait trop rire aujourd’hui les slogans qui se résument en quelque sorte en ces termes : les vaillantes et les battantes sont celles qui se lancent et bougent. Comme si le fait de ne pas lancer d’initiative, ou encore de ne pas en faire partie, signifiait que tu n’es personne.

J’apprécie énormément les femmes qui s’accomplissent elles-mêmes, réalisent leurs évolutions et résistent au système sans forcément le chanter. Tout comme j’apprécie celles qui prennent la parole au nom de toutes, ou pour elles, seules. Chacune choisit ce qui est mieux pour elle. J’aurais arrêté d’animer ce blog, je serai toujours importante à mes yeux. Je continuerai mes évolutions, que je les partage ici, ou pas.

Deux étudiantes jeunes femmes Déjantées

Gloria et moi sommes vraiment le type d’étudiantes qui ne s’abandonnent pas totalement aux études. Genre toute ma vie tourne autour du droit ? Je sais que je vous saoule avec ça. Mais entre nous, j’ai une vie en dehors du droit, non ? Mon blog existe, donc je peux bien m’en passer.

Le système universitaire est assez complexe. Parfois je le trouve monotone et ennuyeux. La monotonie est suicidaire. C’est une pression à laquelle je m’efforce à affranchir. J’en ai parlé dans cet article, de façon assez subtile : Je suis mon propre modèle. Je veux être mon propre modèle. Tout chemin mène à Rome. Ou pas. J’ai l’intention de vivre mille et une vies à la fois. Ce qui est sûr, je veux tracer ma propre voie. Il y a quelqu’un de mon entourage qui apprécie beaucoup ma témérité, et me le répète assez souvent. Ça me donne des ailes !

J’entraîne souvent Gloria dans mes délires, ou plutôt le contraire. Elle est bien plus calme. Je suis la mauvaise graine je sais, je l’ai toujours su. Mais l’avoir pour confidente dans ce système difficile à exporter, me réconforte. J’ai une alliée, enfin quelqu’un qui me ressemble, un peu, qui me comprend. Je veille toujours dans mes amitiés, à ce qu’on ne se ressemble pas trop. Je ne suis pas mon amie, mon amie n’est pas moi, formule empruntée à Befoune du blog « Digressions ».

Nous ne sommes souvent pas d’accord, et c’est mieux ainsi. Nous ne faisons pas nécessairement les choses pour plaire à l’autre. Je n’ai pas à cacher ma gêne ou ma désolation, je le lui dis. Point. Cette fille est explicitement franche. C’est un curieux mélange de d’attention et de vérités. Je sais moi-même comment elle crache son mécontentement sans vergogne. Il y a deux ans je lui avais demandé de faire une pause dans notre amitié. On avait quelques soucis. Elle m’avait répondu « D’accord » sans aucun sentiment. Hé ha ! Je reconnais qu’il nous a bien fallu cette pause.

Mais vivre à deux c’est difficile, j’avoue. J’aurais l’occasion d’en parler plus tard dans un autre article. Qui est d’accord ? Rires. Passons !

Ne me quitte pas

Nous avons tout pensé pour rester ensemble à notre arrivée. Hélas ! Cette fois, l’univers s’est conspiré à ce que les choses ne se déroulent pas comme nous l’avions prévu.

L’une des choses qui nous a fatigué à Dakar, c’est le logement. Pourtant ce n’est pas une chose très compliquée. Lorsqu’on voit le nombre de bâtiment qui pousse par ici. Dakar n’a pas voulu de nous, dès le début. Enfin, peut-être bien, mais nous deux séparément.

Après avoir, vécues de très fortes sensations cette journée du 24, nous étions contraintes de nous séparer à la sortie de l’aéroport. Nous portons nos bagages, sans l’aide de personne, racontant des anecdotes très bêtes : Et si une de nous tombait là maintenant, et renversait ces étagères, puisque nous avons bien voulues nous débrouiller toutes seules, comme de grandes filles. Qu’est-ce que je raconte, nous sommes bien grandes ! Nous rions très fort. Comme nous savons si bien le faire.

17h26 min, heure de Dakar. Hé ho ! Chères demoiselles, il est l’heure de vous séparer. Direction inconnue, pour nous deux. Dans une ville que nous ne connaissons pas. C’est pour la première fois que j’ai été attristée de me séparer de Gloria, alors que je savais que j’allais évidemment la revoir le lendemain. Rires. « Bye ! J’attends qu’on vienne me chercher. On se parle tout à l’heure au téléphone ». J’ai ressenti une tristesse. Gloria partait ailleurs, moi aussi. Nous étions séparées, c’est comme ci on venait de l’adopter, et moi qui attendais éperdument mon adoption. J’étais perdue. Pourquoi je suis là, à cet instant ? Myriades de questions existentielles. J’essaie de rester les deux pieds sur terre. Ça va aller.

17h40 min, Merveille qui venait de me faire un coucou. On saute dans les bras l’une de l’autre. Un câlin qui se veut être long, mais qui est très vite interrompu par cette phrase qui allait forcément retentir : on fait comment pour rentrer ? Bah on prend un taxi. Direction Médina. Voilà encore une autre histoire.

Cette adresse m’a chamboulé les premiers jours de mon séjour. Je te déteste. Je me suis perdue mille et une fois à Médina. Il a fallu plusieurs jours, pour qu’enfin, je puisse retenir la route de la maison. À Dakar, les ruelles se ressemblent beaucoup je trouve, les bâtiments aussi. Surtout à Médina.

Je passais plusieurs minutes essayant de me retrouver, demandant à chaque passager qui avait l’air sympa, et la gentillesse de m’indiquer la route. Parfois je tournais en rond dans le secteur. Entre les célébrations, les motars, les rassemblements, Médina est un des quartiers les plus brouillants de Dakar. C’est pourquoi je l’ai beaucoup trop aimé. J’avais trop le sentiment d’être à Poto-Poto. D’ailleurs Poto-Poto, c’est l’Afrique de l’Ouest à Brazza. Donc j’étais bien à Poto-Poto.

Université, bibliothèque, librairies, enseignement

Ce pourquoi nous sommes là et nous tenons vraiment à en profiter, au maximum. Au Sénégal, les professeurs sont bien plus nombreux et largement accessibles. Je ne vais pas trop insister sur ce point au risque de vous fatiguez. Encore le droit ! Pfffffffffff

Non, nous n’avons pas besoin de nous « dakaroiser »

Le choc a été de réaliser que Dakar n’était vraiment pas ce qu’on « racontait ». Nous avons résisté avant de succomber au charme de la capitale sénégalaise. Dakar, c’était bien, il manquait ce truc pour nous faire craquer. Ensuite nous avons découvert les Fataya. Nous appelons ça, Samoussa à Brazza. Je ne sais pas pourquoi ici ça a changé de nom. C’est trop bon, j’en mange régulièrement.

Nous avons très vite commencé les comparaisons. Au final, Brazza n’est pas si mal que ça. (Les congolais de Dakar vont attraper ma veste, au secours ! ) Mais Ce n’est pas assez raisonnable de comparer ces deux villes qui n’ont rien à avoir l’une avec l’autre. Chacun évolue à son rythme. L’une à un meilleur rythme que l’autre. Dakar grandit dans la verticalité, alors que Brazza s’étend horizontalement. En toute honnêteté, Dakar est légèrement mieux. Je reste partagée si on me demandait de choisir entre les deux.

Au final, Dakar nous va si bien.

Lorsque nous avons participé à la cérémonie de Mélanges en l’honneur d’un éminent Professeur sénégalais de droit privé, il y a un intervenant qui a souligné la complexité sociale du Sénégal. Son argumentation tenait sur le fait que l’architecture sociale est difficile à cerner et à étudier en droit.

Lors d’un séminaire nous évoquons alors la fragilité des normes pénales au Sénégal, par un changement excessif des lois pénales. On parlait d’une législation émotive. Si le droit doit régir la conduite sociale, il est tout à fait normal que les pratiques sociales influencent le contenu de ces normes.

En réalité, cette complexité du Sénégal est une diversité. La diversité en soi, est belle. Mais en droit, la diversité est complexe. Comment adapter au mieux une loi impersonnelle s’adressant aux personnes et aux catégories différentes ? C’est pourquoi il y aura éternellement le débat sur l’universalité des droits de l’homme. Les peuples du monde ne sont pas pareils, et ne le seront (jamais) pas. « Les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droit », vous avez dit ? Menteries ! Oupsss… C’était « La Minute Droit par y’Enja ».

C’est sur cette note que je vous dis à bientôt. Donnez-moi de vos nouvelles en commentaire, ici ou sur les réseaux sociaux. Bonne année 2021, tous mes vœux ! Bises.

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

16 réflexions sur « 02 doctorantes congolaises très déjantées à Dakar »

  1. « Dakar grandit dans la verticalité, alors que Brazza s’étend horizontalement.» 😅😅😅😅…Okay si tu l’dis😅. Bon courage à vous dans la suite de vos aventures chères doctorantes et bonne année 2021 également.

        1. Chancela, hâte de vivre une expérience de recherche avec toi. On le vit déjà, pas encore à l’étranger, mais on le vit déjà et on l’a déjà vécu. Je sais que ça sera beaucoup trop fun. J’ai grandement hâte ! 💜

  2. Que c’est touchant de constituer la trame d’un récit 🥺.
    Rooohhhh🥳 je me sens comme une «star» 😂. Fallait seulement mettre ma photo hein (je blague).

  3. Je ne suis pas mon amie, mon amie n’est pas moi, formule empruntée à Befoune du blog « Digressions »…Je suis très heureuse de voire qu’il y’a des gens comme toi qui l’applique car en amitié comme dans d’autres relations humaines on s’attend toujours à ce que l’autre sois toujours du même avis que nous et quand l’autre n’est pas du même avis on en un prend comme un motif de divergence,j’ai aimée te lire ce fût un énorme plaisir très jouissif quand j’ai lu cette phrase citée ci-dessus car c’est arrivé au moment où j’en avais aussi besoin. Merci hâte de te relire à la prochaine occasion.

    1. Hey Bénie, c’est trop bien de te lire par ici. Je suis ravie que tu aies aimé et que cette partie t’ait beaucoup parlé. J’ai eu raison de le mentionner et ça me fait plaisir. Reviens souvent. Bonne année 2021 ! 🎈

  4. “ Je reste partagée si on me demandait de choisir entre les deux.”😱 Et Moi qui te croyais amoureuse de Brazza! Notamment après ta déclaration dans “ Brazzaville, tu es magnifique !”. Hum Je me rends compte qu’en moins d’un mois de séparation tu lui fais déjà des infidélités avec Dakar au point tu n’es plus à mesure de pouvoir choisir 😎

    Je garde donc espoir que tu quitteras Dakar et Brazza pour te marier avec Ouaga☺️

  5. C’est un kiff de te lire, j’ai l’impression de vous voir 😂😂😂… il faut profiter de la vie et très bien même, il faut la croquer à pleine dents… Je vous beaucoup de moments haut en couleur en espérant vous revoir bientôt les « déjantées »🤣… les enfants et moi, vous embrassons 😘💜…

    1. Hâte de vivre une expérience de ce type avec toi, et pourquoi pas les membres de l’ex team. Tu es une déjantée toi aussi, pour ton info. Je vous embrasse, les filles et toi.

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