Africaines, face au #BLM

Un soir, alors que le mouvement #BlackLivesMatter suite à la mort de Georges Floyd aux États-Unis faisait rage sur les réseaux sociaux, j’ai reçu le message d’une amie qui souhaitait avoir mon opinion sur la question.

Yvanna, que j’appelle affectueusement Yvy, m’a écrit pour me demander en tant que blogueuse, ce que je pensais de tout ça, particulièrement de l’implication des africains en Afrique. J’ai relu 3 fois son message. Elle l’avait tellement bien dit que je me suis sentie dans l’obligation de lui répondre.

Déjà africaines, parce qu’il s’agit dans cet article, de nos opinions, à nous deux, sur la question. Ce soir-là, nous avons eu une discussion super intéressante de plus d’une heure sur le sujet, confrontant nos points de vue et nos différences. Avec Yvy, nos discussions sont toujours empreintes de respect, de tolérance, et d’appréciation.

Je n’assume pas totalement le statut de bloggueuse. Je partage deux ou trois textes ici et là, selon mes humeurs. Ça a été très gratifiant honnêtement, venant de la brillante femme qu’elle est. En même temps, avec le nouvel élan que je veux donner à mon blog, je me suis refusée de tourner le visage et me renfermer dans mon silence.

Elle m’a fait réaliser la charge qui me revient à présent, donner mon opinion sur un certain nombre de sujets. Il n’y a pas longtemps, je n’aurais pas eu assez de force pour parler d’un sujet comme celui-ci. D’abord parce que les États-Unis me semble très loin. Mais la vérité c’est que je ne me serais pas sentie légitime pour en parler. Me renvoyant à la question : qui suis-je moi ? J’aurais délibérément répondu personne et me serais tue.

J’ai alors proposé à Yvy de partager notre discussion sur le blog. Elle a été d’accord et a demandé qu’on l’affine, parce qu’un sujet qui soulève autant de passions, risque de nous coûter cher si nous livrons notre discussion telle. Tout le monde n’est pas nous. Surtout, il faudrait éviter de nous mettre dans une quelconque sauce.

Alors que nous nous sommes donné quelques jours pour la rédaction de cet article en duo, je tombais sur ce livre : « Les noirs américains aujourd’hui », co-écrit en 1984 par Sophie Body-Gendrot, Laura Maslow-Armand et Danièle Stewart. Trois universitaires blanches. Drôle, quand même.

Mais comme l’a dit Dany Laferrière, dans une interview qu’il a accordée très récemment à France Culture sur les manifestations en cours contre le racisme aux États-Unis et en France : « … Un noir peut parler de tout, il observe tout le monde et peut parler de tout … ». C’est d’ailleurs pour cette raison, inconsciemment peut-être, que j’ai pris plaisir à le lire, enfin, je crois.

Ce livre m’a permis d’explorer l’expérience sociale et politique vécue par les Noirs un quart de siècle durant la seconde moitié des années 1900. Un point intéressant, dans ce livre, les auteurs montrent aussi l’importance d’atteindre et de mobiliser l’opinion internationale.

Certaines revendications des Noirs au niveau local et national aux États-Unis, n’ont toujours pas changé les chose. Parfois, on note un grand fossé entre les décisions prises, même au plus haut niveau de l’État et leur mise en œuvre. Dans les années 1940, durant la présidence de Roosevelt, un décret (Exécutive Ordre 8802) ordonnait la suppression immédiate de la discrimination des Noirs dans toute l’administration fédérale, et dans l’industrie de la défense. Ces réformes n’ont cependant pas été accompagnées par des mesures d’application adéquates.

Cet épisode m’a conduit à faire un lien direct avec les critiques à l’encontre de Barack Obama qui n’aurait rien fait pour éliminer le racisme durant ses deux mandats à la tête des États-Unis. J’ai encore pas mal de lecture à faire et des choses à apprendre par rapport à sa politique. Je n’en dirai pas plus.

Sans vouloir refaire l’historique que nombreux connaissent déjà, nous vous partageons nos avis sur la question, suivant l’évolution de notre discussion.

Benja

« Un sujet qui soulève autant de passions, j’évite de me prononcer au risque d’être maladroite. Tous ces mouvements et même sur internet sont très importants. Je reste un peu dubitative sur l’Afrique. Nous avons nous aussi besoin de ce type de mouvement, pour faire bouger les choses. En même temps, on a l’impression que ces mouvements ne servent pas à grand chose.

Il y a ceux qui adhèrent à ces mouvements. Et ceux qui critiquent ceux qui adhèrent à ces mouvements. Personnellement, je suis de la tram « on regarde seulement ».

Yvanna

« Déjà parce que nous nous sentons naturellement proches des afro-américains du fait de notre histoire commune et aussi de la couleur de notre peau. Les problématiques des deux communautés ont plus ou moins le même fond. Nous sommes des africains (donc noirs) et le #BLM lutte contre les oppressions faites aux descendants afro-américains (donc noirs). Dans les deux cas, le noir reste la base du problème. »

Benja

« Le #BLM en Afrique reste un peu difficile à comprendre. Parce que notre révolte doit être portés envers nos dirigeants, qui sont noirs. Je lisais sur internet une dame qui disait que l’attachement des afro-américains à l’Afrique c’est hypocrite, parce qu’ils ne se souviennent de l’Afrique que lorsque les États-Unis les méprisent. Et parallèlement, les africains portent certains combats afro-américains qui n’ont aucun rapport avec eux. Comme le #BlackLove. Ça n’a pas la même connotation aux États-Unis qu’en Afrique, parce que là-bas, ils doivent tout le temps prouver des choses, parce qu’ils ne sont pas souvent acceptés. Mais à quoi ça sert le #Blacklove ici, puisqu’on est tous noirs. »

Yvanna

« Je connais des gens de mon entourage (et je suppose que c’est aussi le cas pour toi) qui prévoient d’immigrer périodiquement ou indéfiniment aux États-Unis ou en Europe. Oui, parce que pour beaucoup c’est toujours l’Eldorado. Peu importe ce qu’on peut y rencontrer comme problèmes, ça reste toujours mieux que chez nous, te diront-ils. Eux ont peut-être toutes les raisons de soutenir ces mouvements, aux États-Unis comme en Europe. Ils y seront confrontés tôt ou tard. Et s’ils font les aveugles, ils seront sévèrement réprimandés ou exclus.

Quand on épouse une patrie, un continent, une culture, un style de vie… On épouse aussi les problèmes qui vont avec ! »

Benja

« Si nous partons de l’hypothèse selon laquelle nous sommes tous humains dans la souffrance ou les tragédies, il faut aussi reconnaître que nous ne réagissons pas tous de la même façon face aux tragédies. Nous sommes parfois très émotifs, et certaines tragédies ne nous révoltent pas tant que ça, même si ça se déroule aux seuils de nos portes. »

Yvanna

« Être suffisant dans le monde aujourd’hui est profondément utopique. La mondialisation, l’interdépendance des Nations, les points communs, culturels et économiques… Et dans tout ça, les africains sont presque dominés sur tous les plans et se souviennent à peine de qui ils sont. Est-ce qu’on a vraiment le choix ? »

Yvy est créatrice de mode. Elle partage sa passion pour la mode et ses créations sur son compte Instagram : @yvybook. Je suis une de ses plus grandes fans. J’affectionne particulièrement ses créations. N’hésitez pas à la suivre.

Affectueusement, Benja et Yvy ! 💖

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

2 réflexions sur « Africaines, face au #BLM »

  1. Très beau sujet et surtout passionnant, Benja j’apprécie ta plume, tu m’as dit un jour la presse n’a pas de délai, moi je te dis quand on est de la presse on parle de tout surtout ce genre de sujet bref bon travail les filles!

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