Aime-moi.

J’ai été fiancée. Et mes fiançailles ont été avortées au bout de quelques mois.

C’est une expérience que je redoutais de vivre. Notre histoire a été belle et légère. Notre relation a été relativement stable. Nous nous sommes si bien aimés. Il ne fallait pas que ça finisse en catastrophe.

« Nous allons nous séparer, moi non plus je n’avais prévu ça, mais il le faut ».

« D’accord ».

C’est sur ces mots si fades, d’un ton sec, et à priori sans explications, que nous avons décidé de tout arrêter. Ce « d’accord » n’était pas sain. Il était vêtu de rage et de colère. Je trouvais ces mots « nous allons nous séparer » d’un manque de respect assumé. Cette décision était douce et amère à la fois. J’admirais la clarté du choix, sans toutefois me l’avouer.

Nous avons tenté des pourparlers. En joignant quelques amis. Mais les choses étaient loin de s’arranger.

Avec quels mots j’explique aux parents que tout est fini. Que la petite cérémonie qu’ils se préparent à organiser, il va falloir l’annuler. Durant cette période, j’avais appris un peu plus sur ma coutume, et je trouvais certains aspects de cette même coutume, très beaux. La coutume est belle.

Il n’y a pas de petit couple, un couple c’est un couple. Les gens vous diront ce qu’ils pensent de vous, de votre couple, prétendant mieux vous connaître, ce n’est pas à eux de déterminer. C’est votre couple et vous êtes les seuls à pouvoir le définir. À décider ce qui est mieux pour vous.

« Papa a dit ce n’est pas bien grave. Reviens à la maison quand tu peux ». J’ai fondu en larmes. Les choses ne pouvaient-elles pas se passer autrement ? C’est trop difficile à vivre. Je sais pertinemment que je ne suis pas la seule qui a été affectée par cette histoire. Comment concevoir que tout s’arrête aussi brutalement, alors que tout est bien ? Moi qui aimais rire de ses blagues chaque soir. Moi qui n’hésitais pas à verser des larmes quand j’étais si épuisée que je me sentais comme prise au piège par mon quotidien à l’époque quelque peu brouillant. Ces mêmes soirs durant lesquels j’éprouvais une satisfaction en racontant des anecdotes sur tout ce que j’aurais vécu la journée. Bref, je considérais que la vie m’arrachait ces moments où, à travers les yeux de l’autre, je me réalisais.

Mes sœurs se sont pressées de proposer tour à tour que j’emménage chez elles, pour me changer les idées. Tout le monde voulait me protéger de cette foudre que j’avais reçu de l’extérieur. C’est comme lorsqu’il pleut, tu sors sans protection, et voilà que tu attrapes le coup de froid. Vous savez quand vous laissez un enfant qui apprend à marcher, et il tombe d’une façon un peu violente, vous avez peur pour lui.

Ma famille m’a accueillie. Personne ne parlait de cette histoire, et je n’ai subi aucune remarque désobligeante. Tout ce qui comptait c’était que j’aille bien. Au bout d’un mois j’ai craqué. Je n’arrivais pas. Je ne comprenais rien. Cette attention de tout le monde quoi que bien généreuse, m’étouffait. Arrêtez, je vais bien.

Un jour aux pieds de ma mère, j’ai pleuré. J’ai pleuré très fort comme si je voulais m’arracher une épine perchée sur la poitrine. Elle m’a demandé, « pourquoi tu pleures ?» Pour me rendre compte, que je ne savais même pas pourquoi je pleurais. En fait, je n’avais aucune raison de pleurer.

Ce jour-là elle m’a dit avec toute la sagesse et sa connaissance du monde : « tu sais, ce n’est qu’une expérience, et il y en aura d’autres. Tu ne devrais pas pleurer. Toi-même tu n’as pas fini de t’accomplir. Tu n’as pas terminé tes études comme tu le souhaites. Tu n’as pas encore un travail que tu veux pour toi. Si tout ça doit venir, un autre aussi viendra ». J’essayais à peine de relever la tête, apaisée par ses remontrances affectueuses , et cette attention inconditionnelle déjà qu’elle ajoutait avec sa mine maternelle : « Si un mariage peut se casser, pourquoi pas une proposition de mariage ».

J’ai enfin réalisé que cette situation n’était pas si dramatique que je voulais me convaincre. Il faut une certaine témérité pour se reconnaître à chaque étape de sa vie. Ce n’est pas un échec. La vie ne me préserve pas de quelque chose. Il n’y a pas de « tu vas rencontrer mieux » qui tienne. C’est une rupture. Et c’est tout. Le problème à mon avis ce sont les attributs qu’on colle à nos situations, il faut absolument y mettre un nom : un divorce signifie un échec, un mariage une réussite. Non. Un divorce est un divorce avec tout ce que ça implique. Et un mariage est un mariage avec tout ce que ça implique. Une rupture est une rupture.

Une rupture ça fait mal, bien évidemment. J’ai essayé de vivre la mienne avec beaucoup de courage. Parce qu’il le fallait au nom d’un amour qui s’échappait. J’étais aussi fragile. Fragile au point où je passais des journées à ne rien faire, submergée par mes émotions. J’en voulais à la vie de me priver d’un changement, que j’étais délicieusement prête à affronter.

La vie vous façonne à grands coups de glaive. Des regards légers, exprimant les regrets d’une histoire qui s’achève alors qu’elle venait à peine de commencer :

« Je pars aujourd’hui »

« Je vais travailler, tu me diras si tu as besoin de moi ».

C’est sur ces mots que tout a été terminé. Enfin, peut-être bien.

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

19 réflexions sur « Aime-moi. »

  1. Ce sont celles-la les ruptures les plus difficiles 😞 quoi qu’il en soit on finit par se relever. Super plume au passage ! Xoxo

  2. L’auteur parle de la rupture avec beaucoup de dignité, malgré la déception, la force se trouve dans le courage d’écrire et de partager. Bravo pour l’auteur et bon vent pour la suite.

  3. Une histoire très édifiante qui pousse la réflexion plus loin et ouvre les yeux. Car on comprend par cette histoire qu’il ne faut pas s’appitoyer sur son sort mais il faut se relevé la vie continue.

  4. Le fait de nous raconter cette histoire si triste aujourd’hui, est la preuve qu’elle ne relève plus que du passé. Le fait de le faire avec autant de courage même si je trouve qu’il manque la raison de cette brutale séparation, donne aussi la preuve de ta maturité. Sauf que dans la vie, on n’arrête pas de grandir car la vie est la meilleure des écoles. Je suis heureux que tu sois consciente que cette expérience négative mais d’autre côté positive, fait partie des épreuves qui ont fait de toi celle que tu es aujourd’hui. Tu as développé une résilience à toute épreuve, preuve que tu es forte. Reste et demeure comme tel et voit toujours les choses du bon car il est une assertion publique qui dit, que lorsqu’une porte se ferme une autre s’ouvre. Force à toi !

  5. Ah ça,
    T as la plume ça c’est évident….
    Mais dis-moi, c’est réellement ton vécu ?

  6. Partager ici cette blessure est une preuve que l’écriture est thérapeutique et cet acte de partage est aussi une manière d’aider ceux qui sont entrain de traverser la même situation. J’ai aimé le style de l’écriture mais surtout le fait que tu n’ais pas cherché à discréditer, voir «diaboliser» ce ex. C’est une autre preuve de maturité, parce que plusieurs essayent de bander cette blessure en ternissant l’image de l’autre. Bravo à toi pour cette sagesse d’esprit.

    1. Mariusca, merci pour ton commentaire. Tu es celle qui a percé le mystère, c’est comme si je t’avais prêté mes yeux pour voir mon monde. « L’écriture est une thérapie », cette phrase résonne encore plus fort venant de toi qui éprouve un amour inconditionnel pour les mots.

Laisser un commentaire

Revenir en haut de page
%d blogueurs aiment cette page :