Brazzaville, tu es magnifique !

Brazzaville est souvent décrite par rapport à ce qu’elle reflète, les habitudes, mais très rarement d’un regard personnel. On peut écrire dessus ?

[…] on peut écrire dessus ?

Sur quoi ne peut-on pas écrire ? Tiens, toi par exemple (une question puis la conversation commence). Nous jouons le jeu des personnages. J’aime les conversations des personnages dans les livres. Cedrick aussi. Nous parlons de nous, de la vie, des idées, des événements, et des choses. De Brazzaville.

– De la vie de jeunes ayant grandi à Brazzaville

Cedrick : « Brazzaville s’est étendue par sa dimension et moi à l’intérieur d’elle j’ai grandi; ensemble nous avons évolué et notre histoire n’est pas prête d’être finie. J’ai vécu dans diverses quartiers de la ville, les expériences dont je me souviens le plus sont celles passées à l’OCH, à Talas et au plateau des 15 ans.

Il s’agit ici de Brazzaville vu d’un regard personnel et s’il faut décrire tous les quartiers par lesquels je suis passé, je dirai de l’OCH, quartier communautaire; de Talangaï, je dirai quartier mouvementé et solidaire; et au plateau, mon sens de l’observation avait baissé d’un cran. J’étais occupé à vivre; à courir dans 8mars; à glander dans le quartier ou à pique-niquer au bord de la piste d’atterrissage de l’aéroport Maya-Maya avec Num’s et N2KLD.

Enfant de la ville, j’ai vu quelques parties et pratiques de Brazza changées, mais pour être honnête Brazzaville n’a pas connue l’évolution que devrait connaître une ville de son envergure. Brazzaville est ce qu’elle est; il est dit qu’on est mieux que chez soi et c’est pour cette raison que je porte Brazzaville dans mon cœur. »

Benja : « Brazza m’a tout donné. Elle m’a vue venir à elle, et m’a accueillie. Sur son sol, j’ai lancé mes premiers pas, et elle m’a appris à courir. Courir, et trébucher. Courir et tomber. Ensuite, me relever.

Je connais tous les coins et recoins de Brazzaville. Enfin, si je ne m’abuse. Entre nous, coincée en 25 ans de vie, dans quelques kilomètres carrés, est-ce impossible ? Je me sens chez moi, où que ce soit, à Brazza. Mais mon cœur est à Talangaï, depuis bien longtemps ».

– Nos endroits préférés, nos activités préférées

Cedrick : « Par nature (comme tout le monde) je suis un observateur.

En général, ce que j’aime à Brazzaville, c’est le mouvement; l’embouteillage du matin de Mounkondo, l’heure de pause des travailleurs au Centre-ville, les mascottes qui dansent devant les magasins Techno et Itel sur l’avenue de la Paix… et j’en passe. Le mouvement des foules varie selon les zones, les saisons, les périodes et les heures. Pendant les grandes vacances quand souffle l’air frais de la saison sèche, le trafic est moins dense à Moukondo; à l’heure où le ciel s’assombrit, où le marché Total de Bacongo se vide, les bruits audibles ne sont plus les voix des clients et des vendeurs, mais ceux des Bars et restaurants aux alentours: le Lampadaire, la Détente, Irène Banda, le Bilbao, etc.

Autrefois, mes endroits préférés étaient les boites de nuit et Lounge Bar. À force de les fréquenter j’ai eu sentiment de ras le bol et aujourd’hui je me plais à faire diverses choses, comme sortir jouer au Billard, regarder Brazzaville du haut de sadelmi ou fumer avec des amis en écoutant les bruits du fleuve Congo au Bantu Beach ou encore rester chez moi la nuit et à apprécier les musiques qu’amène le vent à mes oreilles la nuit, principalement celles des veillées.
Tiens les veillées… la mort est facile à Brazza… »

Benja : « J’aime particulièrement les endroits où je me sens exister. Tu te rappelles de la soirée sur la place du Rotary à observer les gens qui courent derrière leurs occupations et les voitures passées ou encore les soirées Mercredis à la Cafet de l’Ifc ? Les lumières éclairent la ville comme le soleil éclaire nos jours. On sirote. On rigole. On discute, on profite des petits plaisirs. Celui de voir la vie, défiler sous nos yeux.

La dernière fois, nous étions à la pharmacie, à Kombo. Cedrick a crié fort que j’achetais les Domino. Rires. Ce n’était pas ça, je demandais s’ils avaient un médicament qui était en rupture depuis quelques semaines. Ça m’a amusé. Votre mec, il est malade. J’étais morte de rire. Il y a deux ou trois ans, j’aurais eu la plus grosse honte de ma vie, à cet instant là. Une jeune femme, acheter des préservatifs, ça doit se faire dans le plus grand des secrets. Nous étions dans notre délire. Et nous n’avons pas subi de regards humiliants. C’est bien. La vie à brazza, change. La sexualité occupe un peu plus l’espace qui lui revient. Bon sang ! Ce n’est pas un drame d’acheter des préservatifs dans une pharmacie.

En parlant de sexualité, même dans le bus ce n’est plus trop un tabou. Une femme dans la trentaine dernièrement, racontait sans vergogne, qu’au jour d’aujourd’hui c’est inapproprié de dire que j’ai couché cette fille, il faut plutôt dire qu’on a couché ensemble. Guys, baissez vos égos, c’est clair ? Je ne suis pas prête à le dire avec ses mots, en lingala. Ça sonne tellement vulgaire. Ne me le reprochez pas.

Ce même soir là à Kombo, je voulais à tout prix manger du poisson braisé chez les Ouest-af à l’entrée de l’esplanade. Cedrick n’était pas d’accord, moi aussi finalement. Je suis changeante, je sais. Rires. Nous avons mangé chez la maman congolaise non loin de la télé, ensuite nous avons pris nos bières. Rires. La dame nous avait demandé, si on voulait combien de dzenga. On en avait pris 6. Si ce n’est l’extase d’une vie à Brazza. Tiens, tu me dois toujours mon dzenga, Ced. Rires. »

– Ce qu’on aime bien à Brazzaville

Cedrick : « Il y a quelques temps, j’étais avec le Mour au restaurant, que lui avait invité son amie Mariam la sénégalaise avec qui j’ai fait connaissance sur le champ. Mariam affirmait que Brazzaville était une ville ennuyeuse, car on y trouve ni jolis bâtiments, ni activités intéressantes. Le Mour et moi lui avons répondu que si elle calque la beauté d’une ville uniquement sur ces critères, il est normal qu’elle ne trouve pas Brazza belle. À mon avis, la beauté de Brazzaville est dans ses habitants; dans leurs attitudes, leurs habitudes, leurs vices, leurs candeurs… »

Benja : « Certains vêtements que je possède c’est parce que c’est la mode de brazza. J’aime cette mode. Qui suis-je pour ne pas me laisser emporter et shiner comme toutes les jeunes femmes de mon époque ? Ce sont ces choses simples qui donnent du sens à la vie. C’est ce dont on se souvient le mieux. J’ai posté une photo sur mon statut whatsapp, une amie m’a dit qu’elle avait exactement les mêmes vêtements. J’ai ri. On s’habille toutes au marché Poto-Poto, eh bien pourquoi pas !

La dernière fois, on m’a dit qu’on avait inscrit mon nom à la mutuelle. C’était hors de question que je dise non. D’ailleurs, il fallait que j’apporte mes contributions. Vivre à Talangaï, c’est aussi voir des gens prendre des décisions pour nous, sans nous demander notre avis. Talangaï c’est aussi la zone où je découvre les nouvelles tendances, expressions, musiques, tout ça, tout ça, pour ensuite les apprendre à Gloria. Hier, je lui ai dit : « wapi likambo ya kotia mboua libengue ». C’est une expression en lingala pour dire : « ce n’est pas bien dramatique ». Elle ne s’en est pas encore remise. Rires. »

– Ce qu’on aimerait bien voir à Brazzaville

Cedrick : « Si j’étais maire de Brazzaville, je ferai du graffiti sur tout le long du mur de l’Asecna (juste après le rond Point Matsoua) ».

Benja : « J’aimerais que, dans un futur proche, chaque quartier de Brazza soit doté d’un centre culturel. Nous en avons vraiment besoin ».

– Un mot pour la fin ? Enfin, prenez-nous au sérieux

Cedrick : « À Brazza, comme partout ailleurs, tout le monde est dans un délire différent. Certains aiment le «voigbi» et d’autres les «boucans piauleurs». Certaines personnes passent jours et nuits à l’église, et d’autres se plaisent à participer aux événements culturels à l’IFC.

Chacun est dans son délire et moi personnellement, je fais les choses selon le temps dont je dispose, mais étant donné que c’est moi qui crée le temps, je dirai que je fais les choses selon mon mood ».

Benja : « Massengo c’est saoulant. Bon Dieu ! Je donnerai tout pour changer d’univers. En même temps, je me demande si je ne la trahis pas, un peu trop. Elle a été gentille avec moi, par contre je n’ai pas forcément aimé la manière dont elle s’est développée. Je te quitte ! Brazza est belle, je nous souhaite de continuer à la construire ».

Amitiés, Cedrick et Benja.

admin

3 réflexions sur « Brazzaville, tu es magnifique ! »

  1. Hehe nice !!! J’ai eu grave envie de rentrer à Brazza après une telle plongée dans vos histoires. Ah Brazza, j’aime trop cette ville. Tout comme vous, celle-ci m’a vu grandir. Entre Ouenzé miadeka où j’ai vécu tout mon primaire, plateaux des 15 ans où j’ai vécu tout le collège et le lycée et plus récemment Nkombo-Bicaroua😎. Ah que des souvenirs, c’est trop facile pour moi de sombrer dans la nostalgie, ce n’est pas bien ça les gars. Je me suis grave retrouvé dans vos récits. Merci pour ces 3 mins de lecture passionnée. Merci aussi pour le proverbe “Wapi likambo ya ko tia mboua libengue” 😂J’ai grave ri, c’était une première fois. J’ai aussi imaginé la discussion du bus en lingala, na seki fort. Ah Brazza, non mais votre article m’a fumé 😂. Entre le voigbi, le boucant pioleur et autres, j’crois avoir épuisé ma dose de rire hebdomadaire, merci merci. Hâte de rentrer, et si Dieu le permet, de consommer un verre de bière pour la route avec vous, ekossala bien. Brazza on l’aime, on y vit (+ou-) et on le visite 😃😄. Bien de choses à vous.

    1. Ahahahaha ! Dimitri, j’ai trop ri. Merci pour ton commentaire. On croise les doigts, un de ces 4 nous allons siffler nos bières autour d’une table, en nous rappelant notre vie dans Brazzaville. Prends soin de toi ! ❤

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