Chut ! Ne dis rien à personne.

Je m’appelle Oda. J’aime la papaye, le violet est ma couleur préférée et je suis la maman d’une magnifique petite fille de 3ans.

J’étais mariée il y a deux ans, ou presque. J’aimais cet homme. Je trouvais en lui l’équilibre dont j’avais besoin. Si parfaitement sûr de lui, il avait la tête entre les deux épaules.

L’amour dure 89 jours. Enfin, ça a été mon cas. Je venais de commencer une nouvelle vie. Au nom de notre amour et de notre union, j’étais prête à tout faire. À aimer davantage. À être blessée. Après tout, un mariage c’est un mélange de beaux jours et de chagrin. Il y aurait des nuits aussi. Supporter les caprices et les humeurs de mon mari : c’est tout ça qui fait un mariage.

Je voulais donner. Donner de mon être. Donner passionnément. Et tant pis si je ne pouvais recevoir en retour. Donner me comblait énormément.

Les problèmes n’avaient pas attendus. Enfin, ça avait été très vite. Au début, je n’osais pas m’imposer à lui. Je suis une femme, et on sait très bien qui porte la culotte dans cette maison.

Apparemment, quand tu aimes trop, tu aimes mal. J’étais secrètement heurtée par son attitude, je n’envisageais pas d’entamer une discussion aussi tôt. Parfois avec le temps, les choses se dissipent d’elles-mêmes. Enfin, comme par magie.

Jour 17

Mon mari a changé. Ou peut-être je me fais des idées. Avec tous ces changements, quoi de plus normal. Je comprends. Il a peut-être besoin de temps.

S’acclimater. Cette nouvelle vie. La nouvelle maison. Enfin, tout ceci ne doit pas être facile pour lui.

Mais moi je n’ai pas changé. Naturellement, Je suis une femme. J’accueille mieux les changements, certainement. J’en suis certaine. Me disais-je comme pour le dédouaner.

D’ailleurs c’est un bon papa. Il s’amusait beaucoup avec sa fille, lui faisait faire des tours en voiture, lavait ses habits, et parfois même lui donnait à manger.

Jour 24

Je me complais dans cette atmosphère poreuse. Après tout, on dit que le mariage ce n’est pas facile.

Probablement habituée à ses changements d’humeur, il devenait un étranger.

« Tu es rentré tard, tu n’as pas prévenu ».

Son regard emprunt de dégoût, il répondait malgré lui : « Oui, j’ai eu beaucoup de boulot aujourd’hui. J’ai besoin de repos. Sers-moi à manger, ensuite j’irai me coucher ».

Il disait cela sans me regarder. S’adresser t-il à moi ? Bref, j’accueillais ces paroles comme lancées dans le vide. « Sers-moi à manger ». Pfffff !!!!!

Je l’avais peut-être énervé. Et puis il venait d’arriver. Je devrais choisir le bon moment pour mes questions

Jour 38

J’arrangeais notre maison avec soin et délicatesse, telle une obstination. Les choses étaient toujours à leur place. Mais lui ne regardait rien dans cette maison. Il arrivait qu’il se trompait de notre chambre et se rappelait après être entré dans le débarras, quand il s’apercevait qu’il n’y avait pas de lit pour se jeter comme dans le vide. J’ignorais s’il savait où se trouvait la cuisine, d’ailleurs il n’y mettait jamais les pieds. Quand il avait besoin d’un verre ou autre chose, il criait mon nom, et je devais me dépêcher de lui apporter ce dont il avait besoin.

Ce jour là j’avais trop travaillé. J’avais la tête cotonneuse. Je n’avais surtout pas envie d’une quelconque partie de jambe en l’air.

« Je ne te demande rien, moi ». Et puis, « ça ne va pas être long ». Pfffff !

Jour 43

Ma présence lui devenait insupportable. Mon regard lui semblait accusateur, ma voix telle un reproche. Encore cette tête de mule, toujours prête à l’ouvrir.

« Ça fait des jours, tu ne rentres pas aux heures habituelles, que se passe t-il ? »

« J’ai dit que j’ai beaucoup de boulot, tu ne comprend pas quoi ? Il faut bien que quelqu’un sorte, aller chercher de quoi se nourrir ici. Hein ? » Grogna t-il d’un ton sévère.

« Bien, tu n’es pas obligé d’hausser le ton ».

« Oui, c’est ça. Si tu n’avais pas ouvert ta gueule, je n’aurais pas été obligé de te crier dessus ».

Ces moments humiliants, devenaient de plus en plus fréquents. Je n’aimais pas tout ceci. Mais en même temps, je trouvais justifier qu’il me crie dessus. Après tout, c’est mon mari.

Je n’en parlais à personne.

C’était comme s’il y avait une barrière entre mes proches et moi. Peut-être que je l’avais infligée cette barrière. Pourtant cette peine serait moins lourde à porter si elle était partagée. Mais s’il vous plaît ! On ne raconte pas son couple à l’extérieur. Ce qui se passe à l’intérieur ne doit jamais se retrouver dehors.

La vérité c’est que je n’avais pas envie des réflexions du style : « moi à ta place, je ne me laisserai pas faire. Tu es trop tolérante. Merde, tu te laisses trop malmener ».

En plus, je ne voulais pas que quelqu’un d’autre me dise ce que j’étais censée faire, alors que visiblement j’étais la seule qui pouvait décider de quoi que ce soit. Personne ne ressentait ce que je ressentais, parce que j’étais seule à être moi.

Jour 51

J’aurais pu en parler à ma mère. Mais maman n’appréciait vraiment pas mon mari. Elle le trouvait malpoli. Elle ne supportait pas sa mine hautaine. Lui raconter ses déboires ne ferait que renforcer sa méfiance. En plus, il était hors de question que quelqu’un vienne me rappeler cette situation pénible dans laquelle je me trouvais. Je ne voulais surtout pas lui parler de ces angoisses qui me taraudaient.

Il est minuit passée de 20 minutes.

J’ai beaucoup travaillé la journée, j’ai besoin de dormir. J’ai apprêté la table. Je vais débarrasser un peu plus tard, reflétant une femme soumise, comme on dit.

« Tu vas où ? »

« Dormir, j’ai dit ».

D’une voix rauque, il répliqua :

« Tu es malade ? Je suis censé être à table seul ? Tu restes là comme d’habitude. Tu attends quand j’aurais fini de manger. N’importe quoi ! »

« Mais (…) »

Je n’avais pas terminé ma phrase, il jetait une assiette contre le mur.

« Tu ramasses ces débris, et tu viens t’assoir ici. Imbécile ».

Je n’ai pas dit mot. J’ai obéi. Les paupières lourdes de sommeil. Je n’avais pas le choix. Après tout, c’est normal de rester à table quand ton mari mange. Je n’aurais pas dû. Je balayais le sol, ramassant ces bouts de verres. D’une voix lassitude je lui disais que j’étais désolée.

Jour 67

Ma fille pleurait. Depuis un moment on aurait dit qu’elle soupçonnait quelque chose. Chaque soir, nos cris la réveillaient brutalement. Elle sursautait de son sommeil, en criant « maman ». Tout ceci me rageait.

Cette union était devenue un combat. Et ma fille en souffrait sans avoir les mots pour nous le faire savoir. Les enfants comprennent très vite parfois.

Cette nuit là, je l’ai prise dans mes bras. Je l’ai regardé intensément, et je lui ai dit : « tout va bien, dors mon bébé ». Alors qu’elle faisait mine de s’être rendormie, je renversais ma tête en arrière. Je me suis assoupie de sève et de chagrin. Mon visage enfoncé dans l’oreiller, Je songeais allègrement comment ça va être dur pour mon enfant de grandir avec un seul de ses parents. Je ne veux pas lui infliger ce manque. Je veux son équilibre, et une éducation monoparentale ne serait pas très bénéfique pour elle.

Avec toute la bonne volonté du monde, il peut être difficile pour une mère de séparer ses désirs et essayer de comprendre et d’accepter ceux de son enfant.

Jour 81

L’atmosphère était devenue beaucoup trop pesante et poreuse dans cette maison.

Je voulais pleurer, vider toutes ces émotions négatives. Ma gorge était nouée. Mais je préférais faire semblant, donner l’impression que tout va bien, ravaler mes larmes.

« Je ne retrouve pas les dossiers que j’ai gardé dans mon placard. Tu sais ce que je pense. Certainement tu les as encore déplacés ou peut-être jetés. À mon retour, j’aimerais retrouvé ces documents là où je l’avais laissé ».

« Mais tu racontes quoi là ? »

« Tu as très bien entendu, ou alors, ça se passera très mal pour toi ».

Je songeais un moment à partir. Mais partir où ? C’est mon mari. Je dois l’affronter. Les choses de l’intérieur ne devraient pas se retrouver à l’extérieur.

La nuit, quand il est rentré, il m’a tapé. Il a pris sa ceinture. Je ne suis pas sûre d’avoir réalisé à ce moment ce qui se passait. Je devenais immobile. La douleur était forte. J’ai glissé, réussi à m’enfuir de ses mains, je me suis retrouvée dans la chambre et j’ai fermée la porte à la clé. Notre bruit à réveiller ma fille et les voisins.

Quand un de nos voisins venait frapper à la porte, demandant ce qui se passait, mon mari l’a agressé verbalement, lui insultant ses t-shirts qu’il trouvait délabrés et disait qu’il n’était pas aussi malheureux que notre voisin.

Il lui répétait qu’à l’avenir, qu’il se réserve d’intervenir. Je suis sa femme, et il a tous les droits sur moi. Celui de me frapper comme un jeu de fil, je supposais.

Jour 89

Ce matin là, alors que je m’occupais de notre enfant, il me disait avec beaucoup d’insistance : « Depuis que tu es dans cette maison, rien ne va ».

Je ne reconnaissais plus l’homme que j’avais épousé. Il avait tellement changé, et j’avais l’impression d’avoir en face de moi, un tout autre lui.

Je lui pardonnais beaucoup. Probablement beaucoup trop. Au moindre pépin, je devais toujours tout prendre sur moi.

La réalité me frappa de plein fouet. Mon mari me maltraitait et je n’avais pas assez de courage pour l’admettre. Je m’obstinais à croire que tout va bien, que tout ira bien. J’humidifiais alors mes émotions.

Je lui avais donner trop de droits sur moi. Il était temps. Il faut que je sorte de son emprise.

« Un jour, je m’en irai … »

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

4 réflexions sur « Chut ! Ne dis rien à personne. »

  1. Violence conjugale, éducation monoparentale, etc. La tumeur qui gangrène cette maison nécessite une opération chirurgicale urgente. Bien avant d’avoir 3 ans, nombre d’enfants souffrent déjà des dommages collatéraux peints aec tant de passion par l’auteure.
    Même pour crier “au secours”, il faut avoir de la voix. Les femmes battues ne sont pas toutes prêtes à dénoncer leurs bourreaux… Elles en oublient leur sécurité au profit de celle de leurs enfants. Entre autres raisons.

    Que reste-t-il à un corps affligé de coups, une âme abreuvée d’injures ?

  2. Ce texte est très fort. Les hommes qui changent du jour au lendemain ne se rendent même pas compte de ce qu’ils font endurer à leurs femmes pire encore à leurs enfants.

  3. Vraiment beaucoup de femmes subissent ces situations dans leurs mariages, mais franchement on ne peut pas supporter jusqu’à ce point (se faire frappé ) et rester la comme si s’était normal, l’une des choses qui freine les femmes à se marier ce genre de comportement, j’espère que celles qui vivent cette situation auront la force de vite agir, surtout la voix de crier et de parler quand ça ne va pas….que Dieu les vienne en aide, c’est une histoire vraie pour certaines que le courage soit des leurs pour quitter cet enfer.

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