Droit et perception sociale

Hello !

A première vue la rubrique “Droit” vous fait penser à ces longs chapitres de la Fac. Mais on ne va pas faire des cours de droit ici. Pour le premier article de la rubrique, j’essayerai simplement de faire un rapport entre les règles de droit et leur perception dans la société congolaise.

Petite histoire ………..

Toute petite on nous a toujours fait comprendre que le droit

c’était pour ceux qui n’avaient plus d’autres options ou ceux qui ne savaient pas quoi faire de leur vie, cela étant en choisissant le droit il fallait de la bravoure.

Après l’obtention de mon baccalauréat, je me suis orientée vers des études de droit, un choix osé vous me direz, osé à cause de la perception qu’on a du droit dans notre société.

Quand un oncle ou un grand du quartier m’interrogeait sur la question, ma réponse les surprenait toujours autant ; « je vais faire des études de droit ». Généralement un petit sourire ironique se dessinait sur leur visage accompagné de la même tirade : ‘’Oh tu n’as pas trouvé mieux ?’’, ‘’Votre fac où il faut arriver à 3h ?’’ ; Et pour l’oncle, c’était ‘’Ah oui, tu vas me défendre’’ ? Et croyez moi ce n’était pas pour être gentil qu’il le disait.

Pourtant ça ne m’effrayait pas puisqu’on a tous eu droit aux mêmes tirades dans les basses classes. Pour ceux qui étaient en 5 ou 4ème, les « yaya, comme on aime le dire » nous effrayaient toujours avec les ‘’ la 3ème c’est dur’’, ils étaient pourtant là en 3ème et s’admettaient pour la plupart en plus, un peu comme ceux qui mystifiaient les séries scientifiques au lycée.

Ce n’était qu’une parenthèse pour vous donner un aperçu de la perception du droit dans la société congolaise.

Il y’a au Congo des gens qui ne savent pas que le droit est une science sociale, pire encore ils pensent que le droit c’est la justice (au sens organique du terme) ou que le droit c’est l’Etat. Ils vont jusqu’à lui attribuer des étiquettes : Le droit, c’est pour ceux qui aime étudier, le droit c’est pour l’Etat, le droit c’est pour la cour constitutionnelle, le droit c’est pour l’avocat qui va me défendre. Bref, le droit ce n’est pas mon problème.

Je vais vous expliquer un truc : les gens disent que le droit c’est pour l’avocat qui va me défendre, en gros ils estiment qu’ils n’ont besoin d’aucune notion de droit et que cette tâche doit revenir à l’avocat qui en a fait son métier.

Le droit c’est bien, mais pas dans les commissariats

D’ailleurs ‘’Le droit c’est bien, mais pas dans les commissariats’’ me lançait un commissaire lors d’une discussion dans la rue à propos de l’arrestation d’un voisin. C’est notamment ce qui justifie que le droit soit mal perçu, et les droits bafoués. Les individus gardent à l’esprit qu’ils n’ont aucun droit et les forces de l’ordre pensent qu’ils ont tous les droits.

Ici au Congo enquête ou pas, on embarque

Quand les BJ de la gendarmerie débarquent dans un quartier c’est la panique totale, ce qui est intriguant c’est que les forces de l’ordre doivent représenter la sécurité, la confiance, au lieu de ça ils sont le nouveau visage de la terreur.

A titre d’illustration, généralement dans les veillées ou tout autre rassemblement quand une bagarre survient et qu’une BJ est dépêchée sur les lieux tout bon congolais a le réflexe de s’enfuir parce qu’ici enquête ou pas on embarque. Arrivé sur les lieux les forces du ‘’désordre’’ ne cherchent pas à savoir qui est l’auteur du crime, ni ce qui s’est passé, il suffit qu’une personne désigne un certain groupe et pafff on vous embarque tous.

Pour des questions de société ou il faut normalement se prononcer comme le respect des droits de l’Homme, les droits des enfants, les augmentations des taxes ou des denrées alimentaires ou mieux encore des salaires impayés, le congolais ne répond pas à l’appel. Curieusement s’agissant de grandes questions de droit qui nécessitent parfois l’avis d’experts ou professionnels, tout le monde sort ses « fameuses » connaissances en droit.

Pour ne citer que ça,  récemment sur la question du changement de la constitution, le Congo comprend une population de 4 millions, et il y’avait 4 millions de constitutionnalistes congolais, en gros tous congolais s’y connaît en droit constitutionnel sauf ceux qui ne sont pas encore nés. . On a vu naitre des associations de spécialistes de droit constitutionnel qui n’existent plus pour la plupart. Tout le monde en savait quelque chose.

Il y’a tellement de choses à dire sur la question, tellement de pistes à explorer, mais si aujourd’hui le droit à cette mauvaise connotation je mettrai en exergue deux acteurs : l’Etat et la population.

Le droit est bafoué dans tous les sens du terme, cela ne fait que renforcer cette image négative qu’on a de lui. L’Etat ne fait aucun effort pour apprendre ou inculquer les notions de droit aux citoyens, ce qui fait que le congolais grandit sans aucune notion consistante de droit, sans connaître ses droits les plus élémentaires comme par exemple une détention provisoire qui ne doit durer que 48heures, comme la raison pour laquelle il doit payer ses taxes, la maman au marché paye 200 FCFA chaque jour sans toute fois savoir à quoi ça sert, ni sa destination.

Par ailleurs, la population (elle qui fait porter à l’Etat tous les maux) ne fait aucun effort pour remédier à ce fléau. Je peux aujourd’hui comprendre que la maman au marché qui n’a jamais étudié nous emballe du coco dans des papiers administratifs, mais je refuse de comprendre qu’un étudiant ne daigne se procurer un exemplaire du code de bonne conduite par exemple, ou refuse de se documenter sur certaines notions, à noter qu’avec un forfait de 100 FCFA on peut bien se connecter sur un site et dormir moins bête.

Pour terminer, deux acteurs sont à l’origine de ce mal. L’Etat qui refuse de mettre à notre disposition les moyens pour apprendre le droit et nous, population qui ne fournissons aucun effort pour en savoir plus sur nos droits.

La responsabilité est donc partagée.

admin

0 réflexion sur « Droit et perception sociale »

  1. Le droit c est la loi
    J avoue que moi aussi j étais victime de ce choix,avec quelques conseils des parents j ai finie par faire une autre profession dont je me retrouve aujourd’hui,j’étais vraiment effrayée de peur que je me retrouve en morceaux lol
    mais comme on le dit toujours que tout est possible a celui qui croit et te voilà aujourd’hui arriver,je suis très très contente pour toi,lire de tels propos venant de toi me fait énormément plaisir, j souris et je dis “c’est elle ma Benjou”
    juste que l etat doit revoir les conditions d études en droit

    1. La société nous impose une vision des choses, seulement cela ne doit pas nous empêcher de devenir celui qu’on veut être. “Le droit c’est pour l’Etat, et la faculté de droit c’est un monde à part”. Quand on a déjà cette vision des choses, combien même comprendre qu’on a des droits subjectifs 🙁

  2. je dirai qu’ici ceux qui sont censés connaître le droit, l’ignorent totalement, même la notion la plus élémentaire. l’ennui c’est que le droit n’est pas pratiqué et pour qu’il soit appliqué il faut que chacun connaisse ses droits puis mette la main à la patte pour ne pas toujours condamner l’Etat car la responsabilité est partagée.

  3. tout celà est bien vrai,je salue ton initiative qui montre tant soit peu une prise de conscience de l’importance voire du rôle du droit au sein de la société congolaise.Je pourrai ajouter que, ce n’est pas juste la population, profane du droit, qui baffoue son effectivité mais nous étudiants en droit nous avons aussi notre part de responsabilité,car combien d’entre nous appliquons le droit que l’on nous enseigne dans notre vie quotidienne? J’entend souvent certains étudiants en droit me faire le reproche ,lorsqu’il s’agit d’une situation qui nécessite l’application du droit, en me disant<> , à quoi bon s’évertuer à chanter dans les rues que je suis étudiant en droit si nos comportements dans la vie courante sont semblables aux pratiques ancestrales de nos pères.

  4. Très bel article, mais penses- tu que si tout le monde connaissait ses droits subjectifs, la manière de gouverner changerait – elle ?

      1. Si c’est le cas, puisque l’Etat est démissionnaire, alors quitte à vous juristes d’éveiller les consciences, en apprenant à chacun ses droits et obligations, en tant que citoyen.

  5. C’est tout aussi simple à comprendre, en se basant sur un fait qui est de l’arrestation par exemple, une fois au commissariat tu dictes ton droit l’homme habillé en uniforme militaire et bien armé te donne une gifle tu essaies de lui faire comprendre qu’il va payer chair à cause de cette gifle il en rajoute tu dis je vais porter plainte il te dit vas y. En le faisant même le dit avocat lui même te dit non “wana bana y a X ou Y on y peut rien laches l’affaire “. Moi j’estime que lors de la formation militaire les cours de droit doivent être greffé dans le crâne de ces soldats afin qu’ils craignent eux même déjà ce droit puisqu’ils sauront les risques et dangers qu’ils couriront en cas d’agression illégale

    1. L’homme habillé en uniforme te fais comprendre que si tu as des droits c’est ton problème, au commissariat c’est autre chose, il te faut d’abord une bonne leçon.

  6. Je d’accord avec toi sur toute la ligne. D’ailleurs je l’ai relevé quelque part, on ne met pas assez l’accent sur la loi, le droit dans nos écoles (je parle là du Cameroun mais je suppose que c’est pareil chez toi). Je prends souvent l’exemple de ces élèves qui, après le secondaire son capables de parler en détail les systèmes politiques étrangers, mais qui ne savent même pas ce qui est écrit dans le préambule de la constitution du pays. C’est paradoxal. Pour finir, je pense que si la population était plus informé au sujet du droit, beaucoup d’abus ne seraient pas commis.

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