Féminité, je t’aime moi non plus !

Hello ! Mboté !

Le titre initial de cet article a été « Etre une femme aujourd’hui ». Ça m’a semblé être trop une revendication. Revendication de quoi ? Contre qui ?

Plus jeune, j’aimais beaucoup le fait d’être une fille. Parce qu’une fille ça porte des robes, des jupes. Une fille c’est beaucoup de tendresse et d’amour. Une fille c’est sympa. Mais je ne crois plus tellement que ça soit le cas. Rires. Enfin, je ne sais pas. D’ailleurs aujourd’hui je compte à peine le nombre de jupe que je porte.

Jusque-là, les combats féministes que j’ai portés, n’ont souvent pas été en rapport avec mon histoire personnelle. Ça été des causes collectives. Je dénonçais tel ou tel problème pour nous toutes. C’est parce que aussi, c’était mon travail. Je travaille avec les femmes depuis 2 ans et j’aime beaucoup ce que je fais.

Dans ma naïveté, j’ai souvent considéré que nous n’avons pas de problème d’égalité au Congo. Beaucoup trop naïve. Il fallait peut-être crier la parité. Parce que d’abord, fille comme garçon, avions le droit d’aller à l’école. Nous avons les mêmes droits, les mêmes compétences. C’est la norme sociologique.

Du moins au Congo, tout le monde est d’accord que les femmes doivent aller à l’école. Sauf qu’à un moment, personne pour me dire que tu as beau être brillante mais il faudrait t’arrêter à niveau donné. C’est une sorte d’imaginaire qui ne dit pas son nom mais qui fixe un plafond. J’oubliais trop souvent que c’est tout un système. Et ce n’est pas les quelques droits proclamés sur des bouts de papiers qui changeraient tout.

Le féminisme (moderne) a ramené un vent qui le sort trop souvent de son contexte : le féminisme est un mouvement de revendications pour l’égalité homme femme. C’est aussi simple que ça ! Or depuis un moment, j’ai le sentiment qu’on a imposé un certain nombre de standards. On est en train d’idéaliser la vraie femme. Une sorte de compétition. Ça m’épuise et j’ai rapidement décidé de quitter cette course. Depuis pratiquement 3 ans, je m’éclipse de toute forme de responsabilité ou leadership. Je ne sais pas faire dans la compétition, je n’aime pas la compétition.

Petite anecdote : j’ai eu beaucoup de mal avec le blogging au début parce qu’il  fallait s’inscrire selon un standard. Les commentaires que je recevais c’était du genre « ouais tes textes, c’est pas mal, mais il faut t’améliorer, bla-bla. Il y avait pas mal de belles plumes donc il fallait faire comme eux. Je vous jure que je le voyais comme une compétition et je me sentais très nulle. Du coup, tous mes textes me paraissaient vraiment très pourris.

Faire de longues études, pour moi c’est très noble. Je l’ai toujours voulu, et si je dois le réaliser, je le ferai. Je ne veux rien d’autre que de vivre ma vie. Je ne veux pas remporter des médailles de super woman, et de femme battante. Je veux vivre ma vie. Je sais que j’ai quelque chose à apporter, mais je n’ai rien à prouver à qui que ce soit. Les récompenses viendront certes, je ne sais pas. Mais ça ne fait pas partie de mes objectifs.

J’ai préparé ma soutenance de mémoire, j’avais un boulot à temps plein, en plus de mon asso, ça a été un mélange explosif. Je n’avais plus de temps pour moi et je courais toujours entre deux choses. Pour couronner le tout, à deux semaines de ma soutenance, on me rappelle que je dois sillonner les quartiers de Brazzaville dans le cadre d’un projet. Je ne me doutais pas que ce soit à cette période justement. Mais, j’ai arraché le ciel. Je suis toujours très fière de mes accomplissements, aussi minimes, soient-ils.

Récemment des gens m’ont dit que j’ai tort de penser tenir une famille et de réaliser un doctorat. Je me devais de faire un choix, soit c’est l’un, soit c’est l’autre. Je ne sais pas si on se rend compte, les gens ont des attentes sur nous d’une certaine façon, alors qu’on ne leur doit rien.

Et moi qui croyais que ce n’est pas parce qu’on veut faire de longues études qu’on ne peut pas se marier et avoir des enfants. Mener de pair la vie de femme et de citoyenne qui doivent contribuer à la vie et à l’évolution de la société. Je chiale !

Ne me dites pas que c’est impossible, je vais craquer. Rires. J’étais au bout de ma vie. Je connais des femmes qui sont prêtes à arracher la lune pour leurs enfants. Je connais des femmes qui ont eu des supers pouvoirs pour l’amour de leur famille. Nous vous en supplions, arrêtez de nous présenter la vraie femme, la meilleure de toute.

Je suis relativiste à fond. J’aime beaucoup le contraste. Il a fallu que le monde me rappelle que je suis une femme et ce n’est toujours pas facile. J’ai envie de dire à la société, vous demandez un peu trop aux femmes. J’entends souvent « ce n’est pas suffisant, tu peux encore plus ». A la limite, ce n’est toujours pas très satisfaisant.  Mais en même temps, « tu en fais trop ».

Je m’inspire de beaucoup de femmes. Je lis majoritairement les femmes. Je passe ma vie à écouter les femmes parler. Je volerai toujours les qualités de celles qui m’ inspirent. Je construirai tout aussi mon propre univers.

Quand on est une femme et qu’on décide de faire de longues études, ce n’est pas pour dire au monde qu’on vaut mieux que d’autres femmes. Chacune son histoire, chacune ses aspirations. Je veux être mon propre modèle, et tracer ma propre route. Je décide de tout choisir. Choisir ce que je veux pour moi.

Je lèverai ma voix pour des causes communes, et tant qu’il faudrait revendiquer l’égalité. Sinon, on a beaucoup trop parlé d’égalité, maintenant rendez-nous notre liberté. Cette liberté d’être qui on désire, de faire ce qu’on veut. Merci.

admin

4 réflexions sur « Féminité, je t’aime moi non plus ! »

  1. Faire de longues études, pour moi c’est très noble. Je l’ai toujours voulu, et si je dois le réaliser, je le ferai. Je ne veux rien d’autre que de vivre ma vie. <> Benja Merline
    Sentiment partagé
    J’adore ta plume

  2. Trop instructive tes mots…..je suis profondément marqué par ta passion, ta façon de vivre, on a le droit de devenir qui l’on veut, lol merci pour cette force que tu m’as encore communiqué ce matin.

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