Insecure

J’ai manqué d’inspiration cette semaine. J’en connais la raison. Je suis affectée parce que je n’ai vraiment pas avancé sur ma thèse. Il n’était pas prévu que je publie ce texte. D’ailleurs il emprunte le titre à un autre. Je tiens tellement à ce que les publications sur le blog soient régulières. Aujourd’hui plus que jamais, j’ai très peur qu’il s’installe une certaine distance entre l’écriture et moi. L’écriture est un acte de travail sur soi. C’est parti !

Ce n’est pas parce que tu es seule que tu as tort. Ma mère dit souvent : « si quelque chose ne te réussit pas, laisse ! » En passant, ma mère a d’excellents proverbes.

Quand les gens disent du bien de toi, tu te reconnais. Quand les gens parlent mal de toi tu ne sais même plus qui tu es. Que faire lorsqu’il n’y a personne pour te prendre la main ?

Je me suis souvent retrouvée seule. Seule sans l’aide de personne. Seule sans la pitié de personne. Seule dans les moments où j’avais besoin qu’une voix me siffle : tu n’es pas seule. Et je peux vous dire à quel point, c’est pénible et intensément douloureux.

À 17 ans, je me suis vue confiée la tâche d’encadrer les jeunes de ma paroisse. Aujourd’hui, avec du recul, je n’aurais dû jamais accepter cette responsabilité. Moi-même, j’étais encore jeune. J’étais jeune et j’avais besoin qu’on m’encadre, déjà on me demandait d’encadrer mes pairs. Avec quelle expérience et quelle compétence ? Mais ceci n’a pas été le plus dur dans cette affaire.

Dans cette vie, il ne suffit pas d’avoir une âme heureuse et des aspirations généreuses. Je me suis débrouillée comme je pouvais. Je faisais des erreurs, autant que je pouvais surprendre. C’était stimulant. Au-delà, j’apprenais beaucoup. Mais, j’étais seule. Quand il fallait accuser quelqu’un, tout le monde me pointait du doigt. C’est de ta faute, tu es seule. Au début ça me déchirait. Je rentrais à la maison, m’enfermais dans ma chambre, je pleurais toutes les larmes de mon corps : je suis seule. Je pleurais profondément. Je n’aurais jamais dû accepter cette responsabilité car elle a consumé 5 années de ma belle jeunesse, et a empiété sur ma concentration sur mes études de droit. Quand j’y pense, j’ai trop la rage.

Un jour, un ami, un grand frère, me prenant tendrement la main m’a dit : « Je sais combien tu te donnes à fond pour que les choses réussissent, mais quand tu empruntes un chemin combien incertain, tu es obstinée. Et ça ce n’est pas bien ». Je ne comprenais pas son reproche. Oui mais quand j’ai demandé de l’aide il n’y avait personne. Il y a un brin d’espoir, aussi minime soit-il, je vais foncer. Et si ça n’aboutit, eh bien j’aurais au moins essayé. « Mais, écoute !! » Non, je ne changerai pas d’avis, et tu le sais bien. « Un chef qui ne cherche pas conseil, n’est pas un chef », proverbe kenyan. Je pense aussi que demander conseil c’est prendre le risque de se faire tromper.

La chute de cet épisode a été horriblement catastrophique. Mince, pour une fois, j’aurais dû écouter ce Ga ! Pourtant ça partait d’une bonne intention. Mais bon, c’est ça la vie ! Je suis têtue comme une mule. Je peux me mettre tout le monde à dos, tant que je suis en phase avec moi-même.

C’est drôle. Mais j’ai toujours pris position. Soit c’est l’un, soit c’est l’autre.

Tendresse et moi sommes devenues très proches, à la suite d’une histoire cocasse au lycée. C’était en 2011, il y a donc 10 ans. Tendresse était seule. Je ne pouvais pas lui laisser porter ce poids contre tous, seule. J’étais arrivée avec un retard d’une heure en cours. Le retard, ça me connaît depuis bien longtemps. En 2021 là, je change, promis. Rires. La classe était plutôt agitée que d’habitude. Je déposais à peine mon sac, déjà que quelqu’un s’était porté volontaire pour me raconter le sujet du jour. Tout le monde la dévisageait et j’étais outrée. Vous ne trouvez pas que vous exagérez un peu ? Une amie de l’autre côté de la classe me lança, Benja attend on va bien t’expliquer quand le professeur aura terminé son cours. Je n’étais pas d’accord. Quelques minutes après, le professeur sortait à peine de la salle, c’est Tendresse qui se retirait dans les toilettes. Je n’ai pas attendu une seconde pour la rejoindre.

Mon attitude signifiait que je n’étais plus avec le reste de la classe. Je l’ai tenu par la main, et je lui ai dit : tu n’es pas seule. Ça fait 10 ans, et je me souviens assez bien de son regard rassuré d’avoir quelqu’un qui regardait dans la même direction qu’elle. Plus tard, d’autres amies, nous ont rejoint durant la récré.

Je peux vous donner plein d’autres d’exemples, mais je vais m’arrêter sur celui-ci. Parfois, on a personne à qui glisser les confidences. Cette affaire allait passer, mais vivre le rejet de tout le monde, peut être suicidaire. Ce ne sont pas les cas qui manquent, et celui-ci est loin d’être isolé. Notre amitié n’est pas née de la reconnaissance suite à cet épisode. Tendresse n’aime pas les dettes. Et je sais qu’elle a toujours considéré qu’elle ne me devait rien. Moi non plus, je n’attendais une reconnaissance quelconque.

Ce type d’expérience, c’est très dingue. Je me plaignais en disant que je gère peut-être mal mes amitiés. Elle m’a rappelée que j’ai toujours eu beaucoup de patience envers les gens, et que je ne devais vraiment pas m’inquiéter.

Je me suis souvent retrouvée seule. La bonne nouvelle c’est que tout finit, tout finira par aller bien.

Avec tout mon amour.

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

12 réflexions sur « Insecure »

  1. Même si votre amitié ne part pas de cet de élan de solidarité, je trouve ça incroyablement romantique comme début de relation.

  2. Un article qui parle personnellement. Je me suis très souvent retrouvé seul et là encore je me retrouve seul face à mes problèmes. Je sais ce que c’est de n’avoir personne pour t’épauler quand tout va mal . Comme je ne laisse rien filtrer , personne ne se dit que je vais mal ou que j’ai besoin d’un réconfort. Heureusement que “tout finit, tout finira par aller bien.”

  3. 🥺🥺🥺…
    Pourquoi je retrouve toujours un peu de moi dans tes écrits, parfois juste une petite phrase qui me rappelle une partie de ma vie…
    C’est tout mignon votre petite histoire, pas parce que vous êtes deux filles seules mais parce que plutôt de faire souffrir cette solitude t’a permis de créer une de tes plus belles relations…
    Je vous souhaite une très longue et belle relation et surtout beaucoup d’intuition pour nous émouvoir encore 🌹…

    1. Chère Izi, vos jolis mots remplissent mon cœur. Plus sérieusement, je sais qu’on se ressemble beaucoup. Donc, pas très étonnant que tu te retrouves. Merci d’avoir laissé ce commentaire. 💜

  4. Je me suis aussi toujours retrouvée seule , dès le plus jeune âge papa parti je suis restée qu’avec maman ayant perdue son boulot pendant la guerre de 1998 , vue que je suis un enfant après guerre et elle se retrouve sans emploi sans un mari pour l’aider à gérer un bébé qui est dans son ventre…elle même quand elle me l’explique elle me dit juste après ta naissance il y avait des fois où je ne dormais pour réfléchir à comment t’acheter de la bouillie le lendemain heureusement que je gardais la tête haute pour fouiller au final vue que la couture elle le faisait pour le fun avant elle s’est dit bon bah j’ai plus de boulot go faire ma couture et me gagner des sous mais on est d’accord que à la sortie de la guerre tout le monde en hess c’est pas tous les jours que l’on viendra te donner de quoi confectionner enfin bref c’était une parenthèse .

    Dès l’âge de 3ans j’ai appris à aller à l’école seule , je ne sais pas si vous imaginez les risques que ça peut engendrer et l’école n’était pas dans la rue d’à côté mais je devais d’aller seule parce que maman devrait travailler très tôt pour avoir de quoi me payer ces cours là , et vue que j’étais hyper agitée et intelligente elle s’inquiétait pas elle savait que jamais j’allais me perdre ou même que l’on pourra m’enlever etc . Mais ça c’est juste pour que vous voyez si à 3 ans j’avais déjà pris garde à faire chemin seule qu’est-ce que ça pouvait créer en moi il y’a bien d’autres descriptions que je peux vous prendre comme exemple mais je me connais quand j’écris j’écris je risquerais de vous lâchez un truc de 10 pages mais je crois même que c’est ce que je suis déjà entrain faire . Au final moi le fait de toujours être seule ne me dérange pas et je crois que ça ne m’a jamais dérangé ma solitude a fait de moi celle que je suis , je n’attends pas que l’on me réconfortes je n’attends pas que quelqu’un me prenne dans ses bras quand je vis des situations horribles en public je garde la tête haute et dès que je rentre chez moi direction ma chambre je pleure pleure peu importe que ça me prenne cinq jours un mois quand je pleure je pleure je m’écroule mais quand je vais juste arrêter de pleurer et me relever la force mentale que j’aurais à cet instant et façon ça va me booster sera phénoménale.

    En gros pour terminer je me dis c’est bien d’avoir quelqu’un pour nous soutenir surtout dans la jeunesse mais être seul c’est pas si mal aussi on apprend à voler de nos propres ailes on dépend de personne sentimentalement et ce qui est drôle on est même là pour les autres pendant que nous même parfois on est dans une souffrance mais c’est ça qui fait la beauté de la chose justement.

    Et comme toujours j’ai tiquer sur ce que tu as dis plus haut ‘’ « Un chef qui ne cherche pas conseil, n’est pas un chef », proverbe kenyan. Je pense aussi que demander conseil c’est prendre le risque de se faire tromper.’’

    C’était magnifique.

    1. Bénie, tu es tellement forte. Je n’aurais jamais imaginé un tel parcours. Depuis la première fois où je t’ai vu, tu as trop l’air d’une enfant gâtée. Rires.

      Merci d’avoir partagé ce bout de toi avec moi, sur ce blog. Il faut vraiment beaucoup de courage pour le faire. Et je suis tout à fait d’accord sur ce que tu as dit: ” Etre seul c’est pas si mal on apprend à voler de nos propres ailes on dépend de personne sentimentalement”.

      Pour finir, je pense que tu connais mieux le refrain que moi : “Tout finit, tout finira par aller bien. Tout ira bien.” Prends soin de toi, je te fais de gros bisous. Et bon vent dans ta carrière artistique !

      1. J’ai trop l’air d’un enfant gâté c’est vrai , c’est là tout le mystère parce que je ne montre pas un certain côté de moi de ma personnalité y en a qui m’ont déjà dis après avoir découvert qui je suis réellement quels maux je transporte que tu fais semblant d’être une personne que tu n’es pas en te voyant on ne peut pas imaginer tout ça je leur ai dis justement c’est le but , c’est pas que je fais semblant mais je ne vous montre tout simplement rien parce que je ne me vois pas obligée de vous montrer quoique ce soit vous me voyez refléter un truc vous vous accrochez à ça et quand vous découvrez que c’est pas ça vous croyez que je fais semblant.

        Regardez un peu , es ce qu’une personne qui fume est forcément obligée d’avoir les lèvres cramée une tranche de détraqués pour vous prouver qu’il fume ? C’est là le piège il y’a des personnes bien enveloppées d’apparence en les voyants vous n’imaginerez jamais qu’ils fument vous aller idéaliser la personne et le jour où celle-ci vous fera voire ce côté d’elle avec un mégot de cigarette ça sera qu’elle a fait semblant auparavant. Le diable c’est les autres c’est plus facile pour nous de transférer une certaine responsabilité pour moins se sentir coupable . Même quand je vois une pute je ne me dis pas tiens voilà une pute , je laisse un doute parce que cette pute en apparence peut être au fond quelqu’un d’autre.

        J’adore ton blog en te lisant je réalise toujours plein de trucs et tes belles citations atypiques qui me font sourire quand je les lis j’adore , je les aient même toutes notée . Merci beaucoup.

  5. La solitude.. Le regard des gens, le poids du monde ! Concentration de la frustration.. Overdose de confidence.. La peur d’échouer ou de faire une bêtise.. Bah ! Ce sont des moments précieux d’une vie.. On apprend à s’aimer soi même .. Ton texte m’a ouvert les yeux.. MERCI

    1. C’est un excellent résumé de ce texte. Tu as pu faire court, avec les mots qu’il faut. Et à la fin est excellente : « on apprend à s’aimer » … Merci David, ton commentaire m’a fait plaisir.

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