Je ne vous dois absolument rien

Jusqu’où doit-on gratitude et reconnaissance aux gens ?

Cet article a été très difficile à rédiger. Difficile parce que les exemples qui soutiennent mon propos, concernent directement les personnes de mon entourage.

J’ai eu beaucoup de mal pour deux raisons en particulier : déjà, s’il faut que je parle des personnes avec qui je partage la vie, elles vont finir par se refuser certaines libertés avec moi, puisqu’au final j’écris, je raconte tout sur mon blog. Elles n’aimeraient pas que le prochain article parle d’elles, elles ne m’ont rien demandé. D’ailleurs, ce n’est pas elles qui m’ont demandé de tenir ce blog, encore moins d’écrire sur elles. Fiche-nous la paix !

La deuxième raison est que mon opinion ne serait pas très favorable. Lorsqu’on critique, il vaut mieux que ce soit les personnes qui sont loin de nous. Que nous ne connaissons vraiment pas. Nous n’avons rien à foutre de nos relations. En fait, on critique les autres, et pas les nôtres. Que dira ce proche, que je vais mentionner lorsqu’il lira ces quelques mots, alors que je n’ai pas pris la peine de lui en parler en face ?

Avant de mentionner quelqu’un dans un article, je lui demande son autorisation. Sauf pour ce gars, que j’avais annulé le rendez-vous la dernière fois, à la dernière minute. Je ne suis pas sûre qu’il l’avait lu. Dans tous les cas, mes inbox sont ouverts, il peut cracher si ça ne lui avait pas enchanté.

Okay ! Okay ! Il faut que je me calme là. L’écriture est une rencontre. Je m’accorde beaucoup de libertés. Je suis arrivée à un point où je comprends certains événements que lorsque je les écris, lorsque je les raconte. Je me parle, de cette discussion jaillit la lumière.

Finies les confidences. Allons-y droit au but. D’ailleurs pourquoi j’explique tout ceci, alors que je ne vous dois absolument rien de toutes les façons ! Rires.

Nous sommes une société imbibée de devoirs implicites. Nous portons la gratitude sur nos épaules, comme une responsabilité. Nous sommes reconnaissants à toutes ces personnes, sans qui nous ne serons peut-être pas qui nous sommes, nous serons pas arrivés là où nous sommes. Soit.

Dire merci, ce n’est pas suffisant. Chaque jour nous leur devons gratitude et reconnaissance. Une dame m’avait une fois donné du pain, alors que j’avais perdu mes pièces dans mon sac parce que je ne l’avais pas surveillé en cours. Cette femme m’a sauvée la vie ce jour là. Sans elle je serai morte de faim, de soif, et de fatigue. Je lui dois ma vie. Chaque fois que j’ai faim, et que je n’ai rien à me mettre sous la dent, je pense à elle. Je lui suis tellement reconnaissante. Je pense sérieusement que les gens attendent beaucoup de nous, c’est fou ! J’ai trop souvent porté la casquette de la gentille, qui doit plaire, mais surtout ne pas décevoir.

Je ne voulais pas me débarrasser d’une amie parce que nous nous connaissons depuis bien longtemps. Nous avons connu des « hauts et des bas » comme diraient les congolais. Rires. Nous avons vécu pas mal de choses.

Je ne suis pas méchante, encore moins ingrate. Je suis humaine. Notre relation me saoulait, merde. Pour moi, je lui devais cette amitié. Tendresse m’a dit : « Il n’y a pas plus hypocrite de rester amie avec quelqu’un juste par habitude ». Il m’est arrivé plusieurs fois, de faire des choses parce que consciemment ou non je me sentais redevable d’une façon ou d’une autre. Eh bien, ce temps est révolu. Le bien compte tout autant que le mal. Nous faisons du bien en effet, nous faisons aussi beaucoup de mal, aux personnes qui comptent pour nous, ou pas forcément.

Je suis arrivée à Dakar, en squattant l’appartement de ma cousine. Au bout de quelques jours, elle a craqué. J’étais devenue une présence de trop. Elle n’avait pas prévu ça. Je suis peut-être insupportable. Je comprends tout à fait. Je le dis parce qu’à sa place, j’aurais réagi exactement de la même façon. Je n’aime pas être encombrée. Il me fallait vite que je range à nouveau mes bagages et que je bouge de là.

On m’a rappelé que je dois prendre de ses nouvelles de temps en temps. Oui c’est ma sœur, je le fais, je vais continuer de le faire. Mais pas parce qu’elle m’avait reçu chez elle. Je lui ai sincèrement dit merci. C’est tout. Jusqu’où, devrais-je lui vouer gratitude et reconnaissance ?

Il m’est arrivé plusieurs fois d’assister des amies lorsqu’elles étaient dans le besoin. J’étais là parce que je pouvais aider et je le voulais bien. En aucun cas, j’ai exigé une reconnaissance au delà de ces moments. « Merci Benja », c’était tout ce qu’elle me devait, enfin.

Quand une amie vient chialer parce qu’elle a reçu un goumin, je suis là pour écouter, remonter le moral si possible, ou encore pleurer avec elle. Je n’espère pas qu’elle oublie définitivement ce mec. Puisque lorsqu’il lui a brisé son cœur, c’est dans mes bras qu’elle est venue se jeter. Je ne considère pas que j’ai mon mot à dire, si cette relation doit continuer ou pas. Elle ne me doit rien. Non, c’est trop lui demander.

Cette année, j’ai rappelé à plusieurs personnes que je ne leur devais rien en réalité. Je suis fière de moi. Vous attendiez un peu trop de moi. Je vais continuer à me choisir. Je suis humaine. Je change. J’évolue. Je m’adapte. Il est normal de vouloir une chose aujourd’hui, et avec le temps, ne plus en vouloir. Au final, une chose est sûre, je ne vous dois absolument rien.

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

11 réflexions sur « Je ne vous dois absolument rien »

    1. Bonjour Benja

      Les habitudes m’exigent de te souhaiter joyeuse fête en cette période.
      Joyeux noël.

      Concernant ton point de vue sur ”J’usqu’où doit-on gratitude et reconnaissance aux gens ?”

      À mon avis discutable, la réponse à la question posée se trouve dans trois angles de vues.

      Premièrement, l’on doit savoir à qui est posée la question : à un africain, un européen…? Car la conception diffère selon que…

      Deuxièmement, il y’ a aussi à mon sens la prise en compte de la pertinence de la proportionnalité du service rendu. Car, le bon, le bon nous enseigne que dans la vie d’une personne, certains gestes, actes…posés par autres dans notre vie, l’on ne doit pas l’oublier et surtout une GRATITUDE OU RECONNAISSANCE TANT QU’ON VIE.

      Troisièmement enfin, À quand oublier ou banaliser l’acte ou le geste bienveillant d’autrui ? Ni si vite je le penses, le timing est crucial…

      1. Bonjour Juldas.

        Je comprends tout à fait le fond de ton propos. On est jamais self made. Dans notre vie il y a des personnes qui nous ont aidé, qui continueront de nous aider ou encore d’autres que le destin placerait sur notre chemin. Mon opinion, est celle de savoir, toute notre vie devons-nous rester reconnaissants envers le morceau de pain d’un jour ? Je pense qu’inconsciemment nous attendons un peu trop des autres. Joyeux Noël Juldas ! 🎄

  1. Je penses que la vie est tellement faite que l’on doit d’une manière certaine à autrui. Et au retour autrui à attends d’une manière….de nous.

  2. Il est vrai que nous devons rien à personne, mais que dire de la responsabilité morale aussi bien que celle-ci ne doit pas nous pousser aller au-délà de ce que nous sommes intérieurement portés à faire ?

    Vous ne me devez rien comme explication, c’est votre liberté (une liberté souvent mal appréhendée dans notre société). Excellent article et joyeux Noël !

    1. Jordan, oui je ne te dois rien de toutes les façons. Rires. 😂 La reconnaissance ne devrait pas être une charge. Une fois que ça devient une charge, ce n’est plus bien. Tu sais ce que tu dois faire. En tout cas, Joyeux Noël! 🥳

  3. Loin de moi de battre en breche ton point de vue, je voudrais juste souligne un fait, la vie est comme une chaine.Cela veut tout simplement dire chacun a un lien visible et invisible avec l’autre. De la naissance a la mort, il y’a toujours un bras de l’autre qui nous aide: l’infirmiere ou le docteur a la naissance, les parents dans notre vie, les grands freres et soeurs, les enseignants ou enseignantes de la maternelle a l’universite qui t’ont transmis leur savoir.les Pretres, imams,pasteurs ou rabins qui nourissent ton ame.les amies et connaissances bref l’autre a toujours apporte quelque chose dans notre vie; donc on doit toujours quelque chose a une personne qu’on le veule ou non. Mais cette dette ne doit pas etre consideree comme un credit pris a la banque ou on doit nous rappeller les bienfaits que nous avions beneficie. Ceci dit, Ceux ou celles qui avaient apporte une aide a nous ; ils l’avaient fait par devoir vis-a-vis de la societe ou par principe dicte par la societe.En un mot, cette dette est juste envers la societe qui a fait de toi Benja directement ou indirectement. En fait de compte, on a toujours une certaine dette a l’egard de la societe d’une maniere ou d une autre.Meconnaitre cela peut passer pour une insulte a la societe.
    Je profite de cette occasion pour te souhaiter Bonne et Heureuse annee 2021.
    ( p.s: veuillez m’excuser pour l’omission des accents sur mes lettres c’est a cause de mon clavier qui est totalement anglophone, merci pour la comprehension).

    1. Bonjour Klaus,

      Je suis heureuse de te lire, via mon blog, et je serai heureuse de prendre de tes nouvelles.

      Je comprends ton opinion. C’est pourquoi la question que pose cet article c’est « Jusqu’où doit-on cette reconnaissance ? » Je réalise qu’en fait, les autres ou encore la société attendent un peu trop de nous.

      Merci de m’avoir lu. Essaie de me contacter si tu peux. (Ps : le mail que tu as mis n’est pas la bonne adresse).

  4. C’est toujours un plaisir de te lire…Mais fois-ci j’ai pris un peu plus de temps pour faire un commentaire sur ce billet.
    En effet, j’avoue que j’ai eu un peu de mal à cerner la problématique « jusqu’où (limite temporelle) doit-on la gratitude/la reconnaissance en société » et ce pour la simple raison que pour moi la question ne s’est jamais vraiment posée en tous cas pas en ces termes. A te lire, je perçois ici la reconnaissance comme une obligation. A mon avis Dire « merci » n’est pas un « crédit »! Mais simplement l’expression d’une attitude pour témoigner d’un bienfait reçu à un temps “T” et c’est tout!
    Si j’en fais un crédit de sorte que la personne doit m’être reconnaissante toute sa vie alors j’ai d’autres arrières pensées. Refusons ce type d’aide qui a pour vision de créer un lien de subordination, à l’image d’un esclave libéré par le bon vouloir de ses maîtres (A l’image des dirigeants africains qui veulent pas sortir du schéma colon vs colonisé) Aussi , l’esclave doit leur être redevable toute sa vie.🤦🏾
    Il y’a des personnes ou des aides toxiques. Quand cette personne t’aide une fois…Essili. Chaque fois elle te rappellera : « Souviens-toi, si tu là c’est grâce à moi ». Ce genre d’aide, venant de telle personne, il faut avoir le courage de dire « Naboyi » « je refuse ».

    Par ailleurs, je crois que la reconnaissance est une loi spirituelle qui ouvre les portes. Savoir dire merci de manière sincère sans sombrer dans “l’esclavage de la gratitude” suffit largement.
    Oups… j’ai trop parlé 😅 Anyway…
    Juste pour terminer. Mes amis ivoiriens disent “c’est l’homme qui fait l’homme” ceci pour dire qu’il faut être humble et savoir être reconnaissant.
    Dire : “Je ne vous dois absolument rien” comme indiqué en titre peut laisser transparaître une certaine “suffisance” “une pointe d’orgueil” comme quoi on est le fruit de ses propres efforts. (Benja sorry ooh je fais juste une analyse, je ne sais pas quel contexte a suscité ces propos.)😁

    Donc, je propose un autre titre pour le Billet : « Merci pour tout »😋
    Mais comme tu ne me dois rien, je crois que tu vas conserver le titre original 😅

    Thanks!

    1. Je te dois ma réponse Ariel ! 😌😂

      Au delà de la limite temporelle, le jusqu’où prend en compte les sacrifices, les attentes et la pression que les gens attendent de nous.

      Je sais l’importance de la gratitude, et aussi qu’on ne peut pas se faire tout seul. Ce n’est pour autant pas un mois, à porter partout, aussi longtemps. Je suis reconnaissante pour les différents temps de lecture, ainsi que les commentaires très constructifs et sympa que tu laisses ici de temps en temps.

      « Merci pour tout » est un bon titre d’article. J’aurai certainement autre chose à dire sur ce sujet. On verra bien. Happy 2021 Ariel ! 🎈

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