La maternité n’est pas un obstacle

Je ne me suis pas sentie légitime pour écrire sur ce sujet. Pour cause, je n’ai pas d’enfant. Comment savoir que la maternité pour une femme n’est pas un obstacle alors que je ne l’ai pas vécue ? Alors que je ne le vis pas ?

Franchement, même garder les enfants de mes sœurs, je ne sais pas faire. Mais je sais l’ouvrir quoi ! Je ne me suis pas sentie légitime, jusqu’à ce qu’une amie me rappelle que je suis une femme, et que toutes les femmes peuvent être maman même sans avoir enfanté, toutes les femmes sont nées maman… Ou pas. Je ne suis pas très fan des pensées maternalistes sur les femmes. Mais sa pensée a eu le mérite d’affirmer ma légitimité. Je suis une femme. Donc je vais en parler.

J’ai commencé l’écriture de ce billet armée de mes connaissances, mes observations et surtout mes ignorances. J’ai dû tout sélectionner et supprimer. J’ai positivé à fond ! Je n’ai pas pour habitude de présenter les choses de façon qui m’arrange. Écrire, me confronte. Je prends conscience de mes limites, et parfois de mes erreurs. Je présente les choses telles qu’elles sont. Quand j’ai des doutes, je m’informe. J’écoute. J’apprends.

J’étais sur un ton de révolte. À mon avis, la conception de la maternité est trop dure. Tenir compte ici, le fait d’avoir des enfants jeunes, quand on a pas encore réalisé ce que la société attend de nous. Mais enfin, je crois que je ne donnerai véritablement mon opinion que lorsque je l’aurais vécu. Espérons que ça arrive. Haha, vivement !

J’ai donc entrepris la discussion avec deux amies très proches, qui sont mères.

Pour rappel, j’ai le sentiment que la société attend de nous (femmes) aujourd’hui qu’on soit toutes des wonder women. Comment je le comprends : avoir un parcours extraordinaire, avoir de gros diplômes, se marier ou clamer ne pas vouloir se marier, ensuite avoir des enfants. Tu n’as pas tout ceci, tu braves une étape, tu es écartée de la course. Tu es une femme quelconque. Personnellement ça m’arrange. Je n’aime pas les privilèges.

Ça veut dire quoi être une femme qui fait de longues études ou désire une grande carrière ? Ça implique quoi que l’on ne sait déjà ? À mon avis, une femme qui choisit de faire de longues études, ou une grande carrière, ça ne veut rien dire. Ça veut juste dire qu’elle a fait un choix, qu’elle juge mieux pour elle. Comme toutes les décisions que nous prenons, et qui impactent notre vie.

Ma mère m’a dit qu’à l’époque où elle étudiait au collège et au lycée, une fille qui était enceinte était obligée d’arrêter ses études, une fois que sa grossesse se faisait remarquer.

Pourquoi ? Était-ce un règlement de l’école ? Puis qu’apparemment, la pratique était courante. Figurez-vous que non. C’était une décision personnelle du proviseur. Le Monsieur pensait que si on acceptait une fille avec une grossesse à l’école, cela encouragerait d’autres filles aussi à avoir des grossesses. Comme si une grossesse, ça se distribue. Puisque de toutes les façons, elles pourront poursuivre leur cursus scolaire tranquillement.

Dans le fond, ce n’est pas mal. Les filles devraient d’abord avoir suffisamment avancé dans leurs niveaux scolaires, avant de choisir de faire des enfants. Mais l’approche n’est pas la meilleure. On en revient au problème du dialogue sur la sexualité dans la majorité des sociétés africaines : le sexe est interdit. Au lieu d’ouvrir le dialogue, vous profanez des menaces. Tu tombes enceinte, tu ne viens plus à l’école. Ton avenir est foutu. Venez encore dire que les femmes en font trop. Vous nous enceintez, et c’est nous qu’on interdit d’aller à l’école.

Pour revenir à la discussion avec les filles, dans ce processus, j’ai voulu les écouter, leur ressenti, leurs pensées. Ce qu’elles pensent de la maternité et surtout comment elles vivent la parentalité. J’ai tenu compte spécifiquement des émotions, ou encore le processus psychologique. Donc nous n’allons pas parler de changement de corps de femmes, et tutti quanti.

Il a fallu beaucoup de courage pour les entendre parler. Ces discussions, puisque séparément, ont été particulièrement intéressantes. Elles m’ont permis de relativiser ma conception des choses. Je ne lis pas par curiosité les livres ou documents sur la maternité. Ça ne m’intéresse pas. Enfin, ce n’est pas peut-être pas le moment. Mon cerveau est préoccupé par autre chose (à apprendre sur la justice internationale, assurément, rires).

Ce n’est que l’année dernière que j’ai vu une vidéo d’une femme entrain d’accoucher. Merde, la brutalité de Twitter. Ça a été quelques secondes insupportables. Je suis allée sur YouTube pour enfin suivre le processus sur une vidéo de 10 minutes. Ça me rappelle que je dois rattraper mes ignorances sur pas mal de sujets.

Je demande souvent à mes amies de raconter leurs expériences de l’accouchement. J’aime ça. Mais en réalité, je ne visualise pas ces scènes qui me semblent assez vagues que mes souvenirs de la maternelle. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt leur ressenti. Imaginez comment le vagin s’élargit pour laisser passer la tête du bébé. Imaginez l’incision du périnée (communément appelé les craies), les douleurs et combien ça peut être péniblement affreux… Bref, c’est un autre chapitre.

Mes deux amies ont été ravies de savoir que j’entreprends de rédiger un article sur la maternité, et encore très heureuses d’être interrogées à ce sujet. Elles ont donc accepté volontiers.

Voici les réponses qu’elles m’ont données :

Quel a été ton ressenti quand tu as appris que tu étais enceinte alors que tu voulais continuer à étudier ?

Amie 1 : « Personnellement, j’ai toujours voulu avoir des enfants en étant jeune, donc ça été une bonne chose. Quoique je ne savais vraiment pas ce que ça impliquait ».

Amie 2 : « J’étais bouleversée, vraiment perdue… Tout mon entourage m’a fait croire que j’avais gâché ma vie. Je lisais la déception dans la voix de mes parents qui espéraient “mieux” pour moi. J’étais seule face à cette nouvelle vie, je me battais pour rester positive même quand au fond je ne croyais plus pouvoir continuer mes études ».

Comment tu concilies la parentalité et la poursuite de tes objectifs ?

Amie 1 : « Tout part de là, je me lance de grands défis parce que ma fille est là, sa présence me booste en fait, même si des fois il arrive que je sois en retard à l’école parce que je dois m’occuper d’elle avant de sortir ».

Amie 2 : « C’est très difficile mais face aux responsabilités, on a envie de se battre pour réussir. Après il faut juste trouver une bonne organisation, je m’inspire de celles qui sont passées avant moi dans cette affaire, puis je trouve le mieux à faire pour concilier les deux ».

Pour toi quelles sont les contraintes en tant que jeune mère pour penser une carrière professionnelle ?

Amie 1 : « Je ne vois pas de contraintes. Les jeunes sont motivés par leurs enfants et du coup je fais tout pour être un bon exemple pour mon enfant ».

Amie 2 : « Être jeune mère ne me permet pas de disposer tout mon temps. Je fais pleins de choses à la fois. Pour ma carrière professionnelle ça se complique parce que mon temps est réparti. Il faut travailler et être près des enfants parce qu’il ne faudrait pas rater l’éducation des enfants ».

À un moment, tu as pensé que tu as raté ta vie parce que tu es jeune mère ? Si oui, pourquoi ce sentiment à ton avis ?

Amie 1 : « La seule chose que je regrette c’est d’être chez ma mère au lieu d’être dans un foyer, car j’ai toujours souhaité que mes enfants naissent dans le foyer. Certaines jeunes mères par contre pensent que la venue d’un bébé gâche la vie de la mère, moi je pense qu’au contraire, ça change la vie de la mère ».

Amie 2 : « Il n’y a pas qu’à un moment je pense que j’ai raté ma vie. Tout le temps que ça ne va pas, j’ai le sentiment d’avoir raté ma vie. Mais à la fin, le courage que j’ai c’est de ne pas faire vivre aux enfants ce que j’ai vécu. Je veux leur donner le meilleur, et être le meilleur exemple ».

Je ne sais pas si vous vous rendez compte comment ça peut être difficile et très lourd. La société juge beaucoup. Mais les filles m’ont rassasiée. J’ai été transportée par leur partage. C’est tellement beau. Après tout, est-ce que je pense toujours que la maternité n’est pas un obstacle ? Je ne sais pas. Le féminisme pour moi, est une acceptation de la différence. La maternité est belle.

Terminons ce discours qui a été assez long avec cette pensée de Nietzsche dans Aurore : « Puisse chacun avoir la chance de trouver justement la conception de la vie qui lui permet de réaliser son maximum de bonheur ».

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

6 réflexions sur « La maternité n’est pas un obstacle »

  1. J’ai lu cet article avec toute mon attention, toute ma lucidité…
    Et j’avoue que j’ai aimé… la maternité peut-être difficile à vivre surtout lorsque la liste des exigences que nous impose la société n’est pas respectée…
    Heureusement que chaque enfant est un miracle et que d’une façon ou d’une autre arrive à bouleverser la vie de ses parents généralement de manière positive…
    Merci pour ces mots Benja 🥰, ta plume m’a donné des envies 🤭… bon vent à toi 😘…

  2. C’est très juste de répondre « je ne sais pas » on ne peut pas savoir sans y avoir été vraiment confronté Je suppose. Mais si je devais être réaliste je répondrais autrement. Avec les grosses responsabilités viennent les gros challenges. Être une femme est un énorme challenge déjà 😂. Être une femme et avoir une brillante carrière challenge encore plus gros. Être une femme, avoir une brillante carrière et être mère simultanément… ?!? Le courage , la détermination , l’énergie que ça demande; ce n’est pas impossibles mais en sommes-nous toutes capables? Bref…c’est long!

    1. Être une femme, est un gros challenge. Mais qui sommes-nous pour ne pas être à la fois, femme, avoir une carrière brillante, et être mère ? Nous pouvons. Yvy, c’est toujours un réel plaisir de te lire ! ❤️

  3. Comme toujours j’aime beaucoup te lire. Cette fois si ya une phrase qui fait écho et dont je n’approuve pas, la voici: “Vous nous enceintez, et c’est nous qu’on interdit d’aller à l’école.”
    Pourquoi je n’approuve pas? Faire un enfant c’est une affaire de deux personnes, la femme tombe certes enceinte mais la conception s’est faite à deux et c’est leur responsabilité à tous les deux. En disons VOUS nous enceintez c’est faire passer la femme pour la victime(à moins d’être un cas de viol), les deux parties doivent faire fasse à leur responsabilité à part égale.
    En effet, si la femme doit avoir honte d’aller à l’école par ex, l’homme aussi et là je te rejoins.

    La société à dressée des étapes auxquels l’homme(grand H) doit suivre pour que son existence ait de la valeur aux yeux des autres. Nous ne sommes pas obligé d’y adhérer si nous croyons que notre bonheur est ailleurs. Mais c’est souvent par EGO que nous suivons la vague pour se sentir valorisé.
    Le témoignage de tes amies montrent bien que pour une même situation, deux personnes peuvent avoir un ressenti différents.

    Pour finir être maman ne doit pas être considéré comme une fin en soi tout comme ne pas l’être. Nous devons être plus indulgent envers celles qui le sont plus jeûne, et les accompagner dans ce processus afin d’allier maternité et vie estudiantine/professionnelle.

    1. C’est aussi un plaisir pour moi de te lire ici.

      Effectivement, pour revenir sur ta remarque, une grossesse, un enfant, c’est la réponsabilités des deux partenaires. J’ai choisi expressément cette reformulation parce que dans la majorité des cas, la société fait tout porter à la femme. Quoique, il fallait rappeler la responsabilité des partenaires.

      Pour le reste, c’est une riche contribution. Merci Anges ! ❤️

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