L’antiféminisme en 2021 ?

J’avais prévu d’écrire sur le féminisme en tant que combat politique, il y a plusieurs mois. Je ne sais pas pourquoi je vous le dis, ceci légitimerait sans doute la subjectivité de ce billet.

Il faut avoir quelque témérité, ce jour, pour oser élever la voix et parler au nom des femmes. En réalité, je n’aime pas écrire sur féminisme (c’est un rappel, rires). Cette tâche est au-dessus de mes forces. Le culte que je voue aux mots me conditionne à faire une autopsie suivant mon regard, mes connaissances et mes manquements. Très honnêtement, il m’est très difficile d’identifier ou encore de considérer ce qui serait bien pour toutes les femmes, alors que je suis moi-même une personne qui aspire à toujours plus de libertés. Je suis changeante. Mes positions ne sont pas figées. Elles évoluent au gré de mes expériences et de ma réalité. Par exemple, je suis très hostile depuis quelques temps à l’idée de porter un regard sur les choses ou sur la vie « en tant que femme ». J’ai le sentiment que c’est devoir se prouver des choses. Ça me fout la rage !

Il m’est aussi très difficile de me faire une idée exacte du féminisme. Le féminisme n’a jamais été un courant unifié. D’ailleurs, l’intellectuel féminisme s’est construit en partie sur des luttes compliquées et contradictoires. Chacun(e) devrait choisir un pan en fonction de ce qui se rapproche le plus de son idéal. Le paradoxe dans les discours de libération des femmes est qu’ils impliquent (parfois) le même mécanisme que dans un acte de soumission : la croyance ou encore l’acte de foi, que sais-je ! Je considère le féminisme comme un mécanisme, un processus qui tend vers l’égalité entre les hommes et des femmes. Je ne parle pas ici, spécialement des droits, parce que le droit ne prend pas toujours en compte, toutes les réalités sociales.

Qu’est-ce que l’on ne sait sur les revendications des femmes ? L’on sait tout : la reconnaissance des droits civils et politiques, l’égalité économique et sociale, la famille égalitaire, la réappropriation du corps des femmes, la lutte contre les stéréotypes du genre, ainsi que tout le reste que je n’ai pas mentionné. Vous l’aurez lu un peu partout, aujourd’hui.

Et pourtant ! Après pratiquement un siècle, le débat reste d’actualité et déchaîne toujours autant de passion. Les femmes se plaignent toujours ? Il y a de quoi. Alerte ! Nous sommes le 08 Mars 2021, et j’ai le sentiment que tout est ébranlé dans la société, il faut faire quelque chose !

Vous ne comprenez pas de quoi je parle ? Mettez-vous bien, je vous explique. L’inégalité sociale est structurelle et systémique. La pensée dominante demeure le produit d’une culture publique construite par des hommes, entre eux. Ce n’est pas une théorie du complot. Je suis sérieuse. Rires.

Les hommes (africains) n’aiment pas le féminisme. Un retour aux sources et aux traditions élimineraient toutes les contradictions actuelles. Ce qui était vrai en 1940, ne l’est plus en 2021, puisque ça n’existe pas. Romancer le désir d’un retour aux sources et aux traditions est une échappatoire à la réalité qui est. Et ça ne marche pas comme ça !

Le 10 Décembre dernier, j’ai réalisé une vidéo pour expliquer la chaîne d’accompagnement des femmes et filles victimes de violence au Congo : médical, psychologique, juridique et judiciaire. Vous pouvez retrouver cette vidéo en cliquant ici. Il s’avère que ce jour là même, en rentrant de l’université, j’ai été victime d’attouchements sexuels dans un bus de transport en commun. « Hey, vous me coincez un peu trop là ». Cet homme répond sans aucune honte : « Que veux-tu, c’est serré, je n’y peux rien ». Je me suis simplement arrangée de sorte que son sale pénis ne colle pas ma fesse. Oui c’est sale, tellement sale, qu’il doit le trimballer sur des gens qu’il ne connait pas dans les bus, pour les salir. Je risque de vomir.

J’étais terrorisée. Je me suis sentie fragile et vulnérable, sans défense mais surtout incapable. Je ne peux pas me protéger, je ne pus me protéger. Pourquoi ? Je suis une femme. Je me surprends souvent en train de préparer ma fille à affronter le monde : « Tu sais, tu as ta place, puisque tu existes, et « nous avons » voulu de toi. Que rien ne t’arrête dans la quête et la réalisation de qui tu es. Tu n’as pas à faire les choses, juste parce que les gens attendent que tu fasses encore moins en fonction de la normativité sexuelle ». Je parle à ma fille qui n’existe pas encore, tout comme, j’ai une liste bien élaborée de cantiques que je prévois pour que l’accouchement soit moins pénible, enfin puisse-t-il l’être. Je suis bizarre, je sais. Mais je m’égare, revenons à notre sujet.  

Mentalement, c’est un exercice fatiguant, qui en même temps me remplit de craintes. Jusqu’où pourrai-je la protéger alors que je n’arrive pas à me protéger moi-même ? Et comment ne pas s’interroger sur la faiblesse des politiques nationales, et notamment sur les violences dont les femmes sont spécifiquement victimes, partout ou presque dans le monde ? Les antiféministes de mon entourage me lancent très souvent à dessein, il n’y a aucun droit dont jouit l’homme qui ne soit reconnu à la femme au Congo. Je n’ai pas en tête l’état actuel de la législation congolaise. Par contre, certains droits qui devraient protéger les femmes plus spécifiquement n’existe pas, la loi sur l’avortement, ou encore la loi sur les violences faites aux femmes, pour ne citer que ça.

Les faits sont ce qu’ils sont, et on ne le changera pas, en regardant. Le combat, la lutte, demeure nécessaire pour nous, et préparer les générations qui viennent. L’égalité n’est pas un acquis. Certes, il est plus facile de prêcher l’égalité que de le mener à terme.

Parallèlement, ne voir que le malheur des femmes causé par les hommes, serait s’enfermer dans un mur. Je trouve hypocrite quand même de blâmer le système ou « les hommes » sur tout, lorsque les femmes elles-mêmes ne veulent pas s’affranchir. Lorsque l’émancipation est comprise de travers. Au Congo, le 08 Mars rime avec la fête de la femme et du pagne. Je connais des femmes malpolies, impolies et aigries.

Nous sommes en 2019, dans ma classe en Master, les filles ne prennent pas la parole en cours, ni pour poser de questions, encore moins participer aux débats d’idées. Cela m’est très gênant. Les filles comprennent tout facilement et rapidement peut-être. J’essaie alors de comprendre. Je nous taquine en lançant à la sortie du cours : « Les filles, pourquoi on ne parle pas en cours ? ». Je vous épargne les réponses. J’ai juste récolté du mépris. Enfin j’aurais mieux fait de me taire.

Avec une amie, nous nous sommes dernièrement emballées parce que j’ai dit qu’il y a des femmes qui n’aiment pas d’autres femmes. Le patriarcat favorise les hommes, mais il est aussi porté par doures femmes. En effet, on peut être une femme et être misogyne. Il y a des femmes qui n’aiment pas les autres femmes. C’est un fait !

Pour conclure mon propos, je crois fortement que prendre en considération le genre devrait permettre de porter un regard différent sur nos sociétés. Les hommes se sentent attaqués, et pourtant, l’égalité de genre est l’affaire de tout le monde.

Enfin, je suis harassée de fatigue ! J’ai pour ma part, grande hâte d’arriver à l’authentique société égalitaire. Avant que l’on ne se quitte, pour rappel : Je suis féministe.

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

4 réflexions sur « L’antiféminisme en 2021 ? »

  1. Hum la fille tu “dja” 👌🏾hein. J’aime ta plume🥺.

    Les violences basées sur le genre, on ne cessera d’en parler.
    Pour la petite histoire j’ai assisté à une scène qui m’a brisée💔. J’étais dans un bus, et j’ai entendu crier une fille “pourquoi tu me touches” . La fille a dit que le mr avait les mains baladeuses et lui faisait des attouchements (vous voyez de quoi je parle).
    Celle qui était derrière la fille affirme avoir vue et dit oui c’est vrai tu l’as fait. Tous les hommes qui étaient à bord de ce moyen de transport ont crié au scandale. Encore un seul mot je te casse la gueule, dit l’un d’eux. Menteuse, il faut avoir honte, il a l’âge de ton père petite impolie, dit un autre. Tais-toi sinon je viens te frapper ajoute un autre…
    A la vérité certains hommes sont d’une animosité non fondée à l’égard des femmes. Les violents là, je vous déteste.

    Bon! Nous aussi, pardon, arrêtons de toujours jeter l’anathème sur les hommes. Nous avons notre part de responsabilité.
    Je vais vous donnez deux exemples.
    A- Tu arrives dans une maison, on te demande d’entrer, de t’asseoir. Et, tu le fais.
    B- Tu es debout devant une porte , attendant qu’on te dise d’entrer et de t’asseoir mais personne ne le fait. Malheureusement, fatiguée d’être debout tu décides d’entrer, de te faire une place.
    Dans tous les cas tu restes assise. A mon avis, tout dépend de l’environnement dans lequel l’on se trouve.
    Il faut retenir que dans la maison A la femme est respectée. Elle se fait aider.
    Dans la maison B la femme doit elle même se battre pour trouver sa place parce que quelqu’un d’autre ne peut pas se battre à notre place. On est mieux servi(e) que par soi-même.

    Nous pouvons être ce que nous voulons. Nous pouvons mieux faire. Pas toujours parler de l’égalité que nous-mêmes ne pratiquons aucunement.
    Je sais que la femme quand elle est assise, elle reste assise.Quand elle veut se lever, elle se lève et on entend parler d’elle. Comme quoi ce que femme veut, Dieu le veut.

    Femme ! Femme ! Femme !
    Réussis à imposer ta signature.

    1. Merde ! Gloria, ton commentaire est d’une profondeur. Magnifique j’adore ! “Je sais que la femme quand elle est assise; elle reste assise. Quand elle veut se lever, elle se lève et on entend parler d’elle”.

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