Pour que la flamme ne s’éteigne pas !

Je n’aime pas les expositions médiatiques. Vous l’aurez compris. Je n’aime pas les interviews. Sauf, quand c’est moi qui pose les questions. Assez paradoxal. Rires. J’aime encore moins les interviews dans lesquelles on parle de moi.

Tout d’abord, tout le monde est aujourd’hui, de plus en plus animé par le désir d’être extraordinaire, et d’être célébré. La vague entrepreneuriale de ces dernières années, couplée avec la montée des coachs de vie, ont bien renforcé l’illusion de croire avec acharnement qu’on est extraordinaire. Je suis tout à fait d’accord que chaque vie est extraordinaire. Mais quand tout devient extraordinaire, au point de perdre l’ordinaire, ça craint. L’ordinaire, c’est la simplicité et la sensualité de la vie.

Quoique. Mais le plus important, c’était de recevoir des applaudissements de partout, nourrissant les égos et montrer aux yeux du monde qu’en réalité, on est bien différents ou plutôt des génies.

Ce n’est nullement vouloir aller à contre courant, et clamer ensuite que je suis différente. Je n’aime pas toutes ces projections. Tous ces messages de félicitations, je n’en vois vraiment pas l’intérêt. Merci, aucun rapport avec vous les gars. J’ai juste le sentiment, à ce moment précis, d’être une imposture.

Pour finir, j’aime être comme tout le monde. Et quand je dis ça, ça veut dire que j’aime me fondre dans la masse. Si vous ne comprenez toujours pas, patience. J’aurais l’occasion de m’expliquer. Par contre, pas maintenant et tout de suite.

La seule raison pour laquelle j’accepte des interviews, c’est pour m’aider dans la légitimité de mon activité de blogging. J’en suis consciente. Et honnêtement, j’ai une vision bien précise là-dessus. C’est un peu dommage, à mon avis. Mais bon, c’est de cette façon que les gens te considèrent. C’est la logique de notre époque. Et en même temps, je pense que ça ne sert à rien de rester dans son coin et attendre qu’on nous découvre. On écrit parce qu’on souhaiterait être lu.

Après quelques mois d’absence, j’ai été sollicitée pour deux interviews, successivement. Wow ! Brazza m’accueillait à bras ouverts : Bon retour ! C’est avec beaucoup de plaisir, de reconnaissance et de gratitude, que j’ai accepté ces invitations. D’autant plus qu’on allait parler de blogging et d’écriture. Finalement, ça fait partie des sujets qui me passionnent, et dont je ne saurais me lasser d’en parler. L’écriture est donc devenue une passion ? Je ne réalise toujours pas. C’est magnifique !

Je ne sais pas si vous avez écouté et regardé les deux épisodes, sur le Podcast de Mokondzi et sur Womanity (où j’ai eu un petit souci avec le partage du lien de la vidéo complète). Ne vous en faites pas, parce que dans cet article, on parle justement de ce que vous avez manqué. Je vous partage des pépites et mes meilleures punchlines durant ces interviews.

C’est drôle. Très drôle. Parce que je me rends compte à quel point, il m’arrive d’exprimer les choses, sans forcément les dire. Émeraude n’a pas tort de dire que je suis « amène, engageante et subtile ». D’ailleurs, c’est lui qui m’a fait remarquer, que j’ai sous-côté ces interviews, alors que j’ai dit des choses super intéressantes.

Commençons par le féminisme. Cette pensée est tellement révélatrice. C’est curieux, parce que je ne l’avais pas préparé en amont. Je dis en substance ceci : « Le féminisme, pour moi, c’est le fait que j’ai à peu près dépassé le fait d’exister en tant que femme, et que je sois vraiment une personne à part entière ».

Je suis née à une époque où énormément de choses ont changé, en ce qui concerne la condition, la place de la femme dans la société congolaise en l’occurrence, l’accès à l’éducation, à la formation et aux opportunités. Mais, je peux vous assurer que la société congolaise est profondément sexiste et misogyne. Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Je me sens en droit de remettre en cause le système et la culture, parce qu’ils maintiennent la domination des hommes sur les femmes.

Il n’y aurait véritablement d’égalité, tant que la structure de la société ne changera pas fondamentalement. Même si aujourd’hui, les femmes, ont par exemple, le droit de faire de la recherche universitaire. Rires. Que vous essayez de le nier, sous prétexte de l’existence des textes, ou de vos perceptions, les femmes ne possèdent pas tous les droits, ou du moins, les droits des femmes n’ont toujours pas atteint un seuil satisfaisant.

C’est une chose de rire de la misogynie de certains hommes sur les réseaux sociaux, se prononcer pour leur faire entendre raison, recadrer, ou pas. C’en est une autre de le côtoyer au quotidien. C’est pénible et atrocement douloureux. Parfois, je me sens désarmée et déshumanisée. Je suis fatiguée !

J’entre à peine dans le milieu de l’enseignement, je comprends très vite qu’il faudrait que m’impose pour me faire une place. Il n’y a pas de « Les congolais sont comme ça », qui tienne. Excusez-moi, ce n’est pas une situation confortable, et je déteste vivre ça. Quand des personnes croient avoir le droit de me crier dessus, parce que je suis « femme » et « jeune ». Des sauvages ! Évidemment, que je ne me laisse pas faire.

La conscience de vivre pleinement ma vie de femme, sans me conditionner, sur mes ambitions, mes choix de vie, de parcours… Je le dois au féminisme. Je réalise que j’existe en tant que personne, pleinement et entièrement.

Dans l’épisode du podcast de Mokondzi, lorsque Kevin insinue le fameux « féminisme va trop loin », je lui ai répondu subtilement que l’extrémisme qu’il peut pointer est le reflet de la profondeur des injustices à corriger.

Un ami qui m’a fait un retour de cet épisode du podcast a su dire exactement, le fond même de ma pensée :

« Le féminisme est une révolution. Et comme toute révolution elle suppose une rupture, pas des accomodements raisonnables, mais des ruptures d’avec certaines pratiques. Il s’agit du juste milieu, du juste équilibre. Or un combat acharné entre l’extrême conservatisme et l’extrême progressisme étouffe la voix du féminisme. Entre la désacralisation (le féminisme des femen russes et d’Europe de l’Est) et le conservatisme réactionnaire, le féminisme qui poursuit l’abolition de l’aliénation des droits de la femme se trouve étouffé. Toutes les femmes et tous les hommes de raison doivent avoir cela à l’esprit, qu’ils partagent ou non les idéaux féministes : les droits des femmes n’ont toujours pas atteint un seuil satisfaisant, et tant que la situation est celle-là le combat n’est jamais fini. Dès lors, on ne peut porter sur le féminisme un regard critique qu’on porterait sur un individu rassasié et qui s’ennuierait à faire des caprices. Les enjeux restent considérables et il faut maintenir le cap.

Voilà, pour moi ta position a été claire et très pertinente. Quand on compte la proportion de violences conjugales, d’agressions ou pire de meurtres, on ne peut venir pleurer sur de pseudos débordements du féminisme ».

Je n’avais pas les mots. Venant d’un homme ? J’aime les âmes profondes.

Ensuite, l’écriture. L’écriture est une drogue. Écrire, c’est se sentir vivante. J’avoue que j’ai vraiment cherché le moyen de revenir. Ça fait plus d’un mois que je n’ai pas dévoilé mes subjectivités. Je ne voulais surtout pas d’article d’excuses, sinon, ça risquerait de devenir coutume. Je suis consciente d’avoir pris sciemment une pause dans l’écriture, en me convainquant que je n’avais pas assez de temps. Rires. Alors que je sais pertinemment que je peux toujours trouver du temps pour écrire, en créer, ou écrire partout où l’inspiration me trouve. Il y a beaucoup d’histoires et de vérités, derrière cette histoire. Mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Enfin, le blogging ! Mon blog grandit. Ça me permet de gagner de l’argent. Ce n’est pas grand chose, encore moins régulier. Quoique, ça me fait énormément plaisir. C’est récompenser autant de sacrifices, de patience et de passion. Et, quel bonheur de voir les efforts récompensés !

Et je ne vous ai pas dit le plus important : avec congolites, je produis un discours sur ma vérité. Congolites est un discours sur moi-même. J’aime profondément, ce fait. Alors, je ne pense pas encore m’arrêter.

Vous m’avez manqué. J’ai hâte de vous lire dans les commentaires. Bisous !

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

10 réflexions sur « Pour que la flamme ne s’éteigne pas ! »

  1. Slt Benja.
    J’ai lu avec entrain ton papier. Il me fait penser au Philosophe Paul Ricoeur qui, en fait, n’aimait jamais les interviews. Mais il a pu l’accorder à ses proches François Azouvi et Marc de Launay. Interview ou Entretien qui a donné lieu au livre « La critique et la conviction ». Pour lui, l’interview et un genre d’emploi du langage qu’il craint beaucoup. Car, il est un homme d’écriture mais aussi de ratures. Quand l’on écrit, c’est facile de s’autocensurer ou mieux de raturer. Mais quand l’on se donne en interview y a pas de rature ni d’autocensure au vrai sens des mots.
    Lu et satisfait… Proficiat.
    Duc in altum !

  2. Bonjour Benja
    C’est avec beaucoup d’attention que j’ai lu ce que vous aviez vomis. Comme je l’ai dis récemment j’attendais bien de le lire et c’est à la fois violent et doux, amère et sucré. J’essaie de chercher une quelconque faille quand mêmes.

    J’ai aimé

  3. Je dois avoir que je suis tombé sous le charme de ton écriture.Si doux et si lisible,ce texte est une véritable source de fierté légitime.

  4. Belle affirmation de féminisme, mes admiration, et, ce qui est certain c’est que vous avez tant de belles vérités à exprimer alors je vous encourage, merci.

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