Qu’est-ce que l’amour est et n’est pas ?

Il suffit d’un instant d’imagination : que penser de l’amour ? Comment savoir qu’on a rencontré la personne qu’il nous faut ? À quel moment est-on sûr de porter des sentiments et le réalise-t-on ? Vêtue de jeunesse, de passion et de fougue, portée par le vent de l’aventure et les rêves pleins la tête. À la conquête du monde et des cœurs, le regard pétillant de vie, traversée par le désir d’offrir beaucoup de soi, décidée à aller à la rencontre de l’autre. Prête ou non, à franchir les limites, à toucher le fond, à vivre des expériences qui rendent neuneu. Regarder le monde à travers les yeux de l’autre, et ressentir. Par-dessus tout, vivre. Parce que vivre, c’est ressentir.

Puisse le « je », que j’emploie ici, peupler l’espace de tous ceux qui me lisent. Venez donc, asseyons-nous et parlons !

Adolescente, mes parents ne sont pas dans la ville, je suis confiée à ma sœur aînée. Au vu de l’écart d’âge, elle remplace valablement ma mère. Elle est très regardante et bienveillante. Mais aussi, peut-être très avisée et voulant m’épargner les mêmes erreurs qu’elle, à mon âge.

J’ai un petit téléphone. Vous savez, ces petits Nokia avec lesquels on jouait à Bounce ou encore à Snake, à l’époque. Ce téléphone, pour parler à mes parents, surtout à mon père, qui est à l’étranger. Je ne parle pas qu’aux parents, je parle aussi à mes amis, la plupart du temps par texto. Ma sœur remarque très vite que je manipule mon téléphone un peu tard dans la nuit.

J’ai 15ans, et je vais avoir ma première discussion formelle sur l’amour, l’adolescence, les relations amoureuses, les hommes, les menstrues, les préservatifs, la grossesse, et les Ist, en particulier le VIH/Sida. Mince ! Quelle (brutalité) !

J’ai un entretien une soirée pluvieuse à Brazzaville. Sans doute, les goûtes d’eau de pluie pour atténuer la puissance et la véracité des mots qui vont être dits :

« Tu as un petit copain. Ce n’est pas une question, mais plutôt une affirmation ». Je tremble de peur et d’inquiétude : « non yaya » … « Je l’espère pour toi. Tu sais en réalité, même à 45 ans, tu trouveras toujours les hommes sur le marché. Peut-être plus rares, mais ils seront toujours là. Elle cite en exemple, certaines femmes de la famille ou du quartier, qui se sont mises en couple à leur âges avancés ». On rigole un moment toutes les deux. Ça détend l’atmosphère. Ça élimine quelques-unes de mes craintes. Je me pose bien. La discussion peut continuer. Elle ne serait pas aussi sérieuse que je le présageais.

Elle poursuit en disant qu’elle ne souhaiterait pas que je commence à avoir des relations amoureuses, déjà. Je suis assez brillante à l’école, et ce serait dommage qu’une potentielle grossesse vienne arrêter cet élan. Je suis encore une enfant, je devrais profiter de la fraîcheur de l’innocence qu’offre cet âge. Les hommes en réalité, s’ils sont plus grands, c’est juste pour profiter des petites filles, et si vous avez le même âge, laisse tomber, ils ne sont pas responsables et puis c’est évident, que vous allez vous séparer.

Enfin ! Elle termine, en me disant qu’elle aurait aimé avoir quelqu’un pour lui dire tout ceci, lorsqu’elle avait mon âge. Elle me met en garde, pas nécessairement diaboliser les hommes (je vous vois venir). Seulement, je ne devrais pas être naïve.

Le garçon sur qui je crushais à l’époque vivait dans la même ruelle qu’une amie proche qui m’a raconté que le gars courait après d’autres filles dans le quartier. Finalement, yaya a raison. De toute façon, ça n’emmènerait nulle part. J’ai un bac à préparer, je vais m’intéresser aux garçons plus tard.

… (quelques années plus tard. On fait comme dans les films. XD). La vraie histoire peut commencer. Jusque-là, ce n’était qu’une mise en contexte. Haha ! Mettez-vous bien !

Je me suis retrouvée dans une spirale infernale. Une relation très violente et déchirante. Je ne sais pas comment. Je ne l’avais pas vu venir. Rires. J’étais jeune et innocente. Je n’étais pas enchaînée, mais j’en ai payé le prix fort, mentalement. C’était épuisant. Comment s’en sortir ? Par quels moyens fuir et partir ? Tout me ramenait à cet homme.

Peut-être fallait-il s’accrocher à une main, pour entrer pleinement dans la maturité. Traverser la vie à deux, semble plus supportable. Par-dessus tout, le sentiment de bien-être, lorsqu’on aime et se sait aimer.

La différence d’âge eut de l’influence, je l’avoue. Mais aussi, son apparence et son allure m’intimidaient : on ne mélange pas les torchons avec les serviettes. Visiblement, j’étais « si peu » pour cet homme. Si tel est, qu’il était vrai. Qui nous a appris à nous mesurer face à des humains ? Et quelle est cette balance qui pèse notre personne ? Hélas ! Le monde capitaliste nous montre qu’il existe bien des différences d’appréciation de la vie humaine.

Croire que je ne suis pas. J’aurais bien voulu, me conformer à mon milieu. Sinon, l’amour définit-il des frontières ? Portée par la timidité et l’inexpérience, j’étais une proie. Je puis dire que le mec, s’est donné à cœur joie de me dévorer, me sucer jusqu’aux os. À ce moment, je pense construire ma subjectivité dans le regard de l’autre. J’espère et crois qu’il me montrera cette particularité ou cette beauté que j’incarne. Puisqu’en vrai, je peine à réaliser qui je suis.

Je trouvais ce mec très beau. Que dis-je : parfait. Honnêtement, je le trouvais « trop bien » pour moi. Lorsqu’il a posé les yeux sur moi, j’ai raisonné avec liasse, comme Élisabeth, lors de la visitation : comment m’est-il accordé que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? Pour clore, avec le fiat de Marie : Qu’il soit fait ! XD. Il faut bien que mes cours de catéchisme me servent à quelque chose. M’enfin !

Il arrivait souvent que je prépare mon discours en amont. Je ficelais minutieusement mes phrases. Je ne voulais pas rater, ou encore oublier un seul mot. Puis me rappelant qu’il me sera difficile de prononcer ces mots devant lui, je me résolvais souvent à les écrire. C’est l’une des premières fois, que je réalise que je peux écrire des textes. XD. Je suis plus à l’aise à l’écrit qu’en parlant, surtout lorsque je me sens influencée. Je ne me sentais pas seulement influencée, je l’étais. Mes mots étaient violents et poignants !  Mais ce n’est pas ce qui va m’ouvrir la voix au blogging ou à l’écriture. Rires.

Une fois, j’ai envoyé un message. Le mec m’a sorti un dictionnaire. Il a insinué que je l’avais insulté. Alors que je n’avais employé aucun mot qui pouvait être considéré comme une « insulte ». On s’est violemment disputé, déchaîné, déchiré, et insulté. J’avais le cœur lourd, et j’ai commencé à souffrir des maux d’estomac. (Rigolez pas, les gars) ! J’éprouve des sentiments contradictoires : la honte, le mépris, le silence.

Je vis cette situation seule. Elle me consume. Je pleure les nuits. En vrai, je pleure beaucoup. Peut-être jusqu’à ce le temps me rassérène. Je n’ose même pas en parler à mes proches. Pas même à ma meilleure amie, avec qui je partage un peu tout de ma vie. Tu as le génie de te mettre dans la merde. Il va falloir te débrouiller toute seule. Elle est surprise d’apprendre que j’ai une histoire depuis plusieurs mois, et qu’en plus ce soit une relation qui me bouffe, telles les fourmis dépeçant un éléphant.

Un soir, je me décide enfin de lui raconter toute l’histoire. Comment ça a commencé, comment je suis prise au piège : Je sais que je suis au bout de l’abîme. Je connais aussi le chemin par lequel m’en sortir. Mais pourquoi, tu ne quittes pas ? Me demande-t-elle, éprise de pitié et d’angoisse. Je réponds marginalement : Ça va, t’inquiète. Je vais quitter. C’est évident. Je veux trouver le moyen de rassembler les miettes. Il possède ce qui m’appartient, et je dois le récupérer. Il possède ma dignité. Grosse erreur de chercher de la validation de la personne qui m’opprime. Je ne le savais pas.

Je ne savais pas non plus lui dire non. Le fait d’en prendre conscience constituait une étape importante, et plutôt décisive. Ce n’est pas pour autant ce qui libère.

Les choses ne vont pas très bien entre nous et finalement je ne sens pas le désir de séparation venant de lui, ça me retient. Et toutes les fois que je veux partir, il réussit à me convaincre de son amour. Au final, il m’aime puisqu’il veut bien que je reste. Je ne comprenais pas que sa situation de dominant lui convenait. Ce privilège de disposer de moi, tant qu’il peut continuer à me manipuler.

Lassée et harassée, je prie enfin le courage de lui dire en le regardant droit dans les yeux :

« Je ne sais pas si tu m’aimes. Je ne saurais trancher, encore moins conclure, ce serait une insulte à ton égard. Par contre, si tel est le cas, je n’aime pas ta façon de m’aimer.

Je te quitte ! »

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

7 réflexions sur « Qu’est-ce que l’amour est et n’est pas ? »

  1. Ton écriture s’améliore un peu plus à chaque article. Texte poignant et captivant. Sacrée conclusion… «Subarashii».

  2. Très émouvant, poignant et instructif…
    J’imagine pas ce qu’il faut comme force pour partager ainsi une partie de soi. Cela démontre clairement toute la hauteur que t’as prise depuis. Merci pour ce beau billet, ce bel article…

    La vie est ainsi faite, on peut bien avoir de magnifique grande sœur comme la tienne, on ne pourra pas garantir que le parcourt sera sans faute.

    J’ai cru comprendre que tu étais «jeune et innocente» «timide et inexpérimentée» «influençable» mais aussi que t’avais semble-t-il une faible estime de toi, corriges moi si je me trompe…

    J’ai à cœur de savoir qu’en est-il aujourd’hui?

    Si aujourd’hui tu étais à la place de ta grande sœur, que dirais tu à ta cadette pour ne pas qu’elle fasse les mêmes erreurs que toi, si erreur il y avait? En somme quelles sont leçons à tirer de cette expérience.

    Personnellement, avec une personnalité aussi engageante que la tienne, j’aurais pas pu imaginer qu’à une certaine époque tu pouvais être si influençable même par apollon! lol

    En te lisant j’ai parfois ressenti de la tristesse mais pas de jugement du tout, ni pour toi ni pour cet homme « trop bien pour toi ». Tout simplement parce que chacun de nous à ses fragilités et ses paradoxes.

    Comme témoignage…
    Il y a de cela quelques années j’étais avec ma fiancée que j’aimais profondément (nos fiançailles ne sont pas allés malheureusement ou heureusement jusqu’au bout). Cependant malgré cet “amour” que j’avais pour elle (je ne m’imaginais pas finir ma vie avec une autre femme qu’elle)… je ne comprenais pas, pourquoi il m’arrivait de tromper ma fiancée avec d’autres femmes.

    Qu’est-ce que l’amour est et n’est pas ?

    Aujourd’hui je sais que ce n’était pas de l’amour que j’avais pour elle.

    L’amour est transparent, il n’est pas égoïste.

  3. L’amour lorsqu’il nous prend 😍! Oh mon Dieu ! Ça cumule le BILENGI NA BA’LANGI😍☑️ en ce moment là mais bien après le feuilleton tu te rends compte que l’amour c’est l’amour lorsqu’il est ” AMOUR ”

    Plus facile de dire: je te laisse! plutôt que je t’aimes toujours!…….

  4. En lisant le texte, je vois bien une retrospection de la première expérience amoureuse et de sur quoi sexuelle avec un homme qui avait de l’expérience et qui n’a pas hésité de s’en servir comme moyen de contrôle et de domination sur toi. En ce qui me concerne, si un partenaire arrive à vous décrire le pourquoi il vous aimes; C’est qu’on réalité il ne vous aimes que pour ceux pourquoi il décrit cet amour. Et dès lors qu’il se lassera de ce désir; il cessera de vous aimer. L’amour en réalité ne se décrit pas mais on la ressent au fond de son âme et la paix et la confiance qu’il vous procure. Maintenant; la conversation avec la grande sœur qui est certes louable mais vide de valeur fondamentale. Pourquoi vide de valeur fondamentale ? Par ce dès lors que l’on ignore les valeurs fondamentales que le seigneur nous a prescrites dans les livres révélés. Qui est d’éviter la fornication; d’éviter de perdre sa virginité avant le mariage homme comme femme; si et seulement si nous pouvions imprégner ces enseignements à nos jeunes alors; nous serons dans une communion avec le divin dans la crainte de commettre. A ce moment l’Homme saura la valeur de l’un et l’autre. Et l’amour serait alors saine et pure.

  5. Cher Ariel ! J’adore tes retours de lecture. Merci bien. 💜 Pour répondre aux questions que tu poses, en réalité, je ne sais pas. 😂😂😂 Pas totalement ça. Cet article, est le premier d’une série. Je pense que j’essaierai de te répondre dans les prochains articles. Gros bisou !

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