Un bol d’air !

Quelles transformations profondes de notre société et de notre temps !

J’étouffe !

Plus de sorties, plus de restaurants, plus de cinémas, plus de spectacles, plus de rencontres. Enfin, plus rien. J’étouffe. On ne prend plus plaisir à apprécier la vie à l’extérieur.

Je peux tout faire en étant chez moi. D’ailleurs, j’ai toujours été casanière, le problème ne devrait pas à priori, se poser. Je n’aime pas sortir rencontrer les gens. Rester à la maison a l’avantage de me permettre de passer du temps avec moi. Seulement, là, j’ai l’impression qu’il m’est imposé de ne pas bouger. Cette restriction de mes libertés, m’est insupportable. Je ne vis plus le bonheur de ressentir le soleil s’exhiber sur ma peau, même si je dois faire attention qu’il ne l’abîme. Ni le vent qui souffle sur moi, et emporte mes cheveux.

La liberté d’aller et de venir, est un droit fondamental. Jusqu’à quand, vont-ils décider de nous la confisquer ? Je regarde cette casserole qui elle aussi, a l’air de me regarder. J’ai profondément envie d’une conversation. Je veux parler, et elle se prête à mon écoute : « Tiens, salut, toi ! Je ne t’ai jamais aussi bien regardé auparavant. Tu es toute belle. Je ne me rappelle plus à quelle occasion je t’ai acheté. Pourquoi toi ? Alors que je pouvais en choisir une autre. Tiens, je suis sûre que le doré a fixé mon choix. Est-ce que tu sais que tu m’appartiens ? Je ne sais même pas si je t’aime puisque c’est à peine que je te remarque, alors que je me sers de toi, tous les jours. Tu m’aides ! Et merci d’être restée. Toi au moins, cette pandémie, et toute la galère qu’elle traîne, n’ont pas pu nous séparer ». Elle a l’air triste, cette déclaration d’amour lui fait perdre ses moyens. Je rajoute alors : « Maintenant, toi aussi tu peux parler. Dis-moi que tu m’aimes, et que je prends si bien soin de toi. » Mince ! Ce n’est qu’une casserole, et les casseroles ne parlent pas. Ce ne sont pas des humains. Je ferai mieux de parler à des humains. Heureusement, qu’en 2021, il y a internet qui brise toutes les barrières. « Salut, tu manques, je me sens seule. (Emoji, cœur) ». Réponse : « Toi aussi (Emoji cœur) ».

Mais qui a dit que les emojis remplacent la chaleur d’un câlin, ou encore l’intensité d’un regard ? La spontanéité, le contact physique, ce sont là, des choses qu’Internet ne saurait valablement combler. Des barrières qui ne peuvent être brisées que par le contact humain. La présence virtuelle ne suffit pas.

Les emojis transmettent elles aussi des émotions, mais ne pourront jamais remplacer la tendresse d’une main, ou encore la chaleur d’un câlin. Ma famille me manque. Mes amies, les inconnus, le bruit de l’extérieur, le rythme de la vie, et de la ville, tout ça me manque. Malgré tout, j’ai aussi le sentiment de manquer d’affection et d’assistance. Je ressens une solitude profonde. Et cette situation qui a l’air de s’éterniser !

Sortir est un voyage. C’est une manière d’être au monde, de le voir, et de le rencontrer. Ce soir, je ressens comme une envie de franchir une limite. Je sors à l’heure du couvre-feu, et je vais à la rencontre de la vie. Je veux regarder la nuit tombée, entendre les cris du dehors, et ressentir la vie. Je sors. Une brise légère me guide en direction de la corniche : je m’assieds, je fixe le ciel, j’observe les étoiles défilées. Cet instant est un plaisir particulier. La sensation que j’ai alors à ce moment là, ravive mon âme et transperce mon cœur. En effet, j’en avais vraiment besoin : Un bol d’air !

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

8 réflexions sur « Un bol d’air ! »

  1. Quelle belle plume 🤎
    Je découvre ton blog et je m’y retrouve dans tes écrits. Dès lors que tes casseroles ne te répondent pas, saches que tout va encore bien. Pas de panique 😄

    1. J’ai ri ! 🤣🤣🤣🤣 Merci Imany, c’est gentil de me laisser ce commentaire mignon. Bienvenue ! Et s’il te plaît, ne nous quitte pas. 😂🧡

  2. Quand je te lis j’ai l’impression qu’il y’a toujours une pensée plus profonde derrière le texte. A l’image de cette phrase :”Je sors à l’heure du couvre-feu, et je vais à la rencontre de la vie”.
    Sortir à l’heure du couvre-feu est une infraction. Aller à la rencontre de la vie, comme si on allait à la rencontre d’une amie, un ami qui nous fait nous sentir pas mort, donc vivant.

    Alors je médite…

    Le message que je perçois est ce dernier : notre société et notre temps nous impose un code de conduite, un conformisme qui ne dit pas son nom, un “confinement de la pensée”. Nous croyons vivre mais en réalité nous mourrons à nous mêmes, nous etouffons.

    Il nous faut alors nous affranchir des stéréotypes, des carcans (l’heure du couvre-feu ) pour nous découvrir et vivre pleinement, accéder à la vrai liberté, celle de vivre selon nos convictions au prix d’être verbalisé voire arrêté, car “Cet instant est un plaisir particulier”.

    Acceptons de prendre des risques car , ce Bol d’air: nous en avons vraiment besoin !

    1. Quelle lecture magnifique de ce billet écrit avec beaucoup de légèreté et un brin de folie. Je voulais sortir ce qui m’étouffait à l’instant. Mais tu as su voir au delà. ça me fait plaisir. Tu me donnes des raisons d’écrire. Merci Ariel ! Emoji, Cœur.

  3. En voilà une sublime plume qui fait le constat et questionne sur la dialectique du changement imposé aux contemporains. Faut-il croire que nos vies ont été prises en otage par un malheureux hasard ? Non. “Un bol d’air” est synonyme de Liberté. Son manque s’érige à l’irresponsabilité qui entraine nos etouffements actuels. À chacun “sa casserole” pour un monologue édifiant. Merci Benja.

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