« Un enfant pas très normal »

Le titre de cet article est entre guillemets. J’avais promis changer. Mais je n’ai pas trouvé mieux. J’ai lu que l’adjectif « normal », pour parler des enfants est détesté par les spécialistes en développement de l’enfance et les professionnels de la santé. J’avoue que je m’aventure sur un terrain que je ne maîtrise vraiment pas. Pardonnez donc mes écarts.

Arrive t-on à se dédouaner de sa culpabilité lorsqu’on a porté ou fait un enfant mal formé ? Je ne saurais répondre à cette question. Comment expliquer ce que l’on ne connaît pas.

J’ai lu « Congé maternité sans bébé » de Béatrice Trichard-Gauthier.

Béatrice est enseignante, épouse et maman de 4 enfants. Sa troisième fille Loanne est décédée à 7 mois et demi après décision d’une Interruption médicale de grossesse (IMG). Elle avait une hernie diaphragmatique. Dans ce livre, l’auteure expose chacun de ses ressentis avec une humanité rare.

Pourquoi j’en parle ? Je suis tombée sur ce livre par le plus grand des hasards. Mon œil a su le dénicher dans un des kiosques du vendeur de rue du Psp plateau. J’ai lu le titre, je l’ai relu pour essayer de comprendre. J’ai ensuite jeté un coup d’œil rapidement sur la 4ème de couverture. En un court instant je m’étais décidée. Je le prends. 500 fcfa de découverte, de voyage et d’humanité. (Sur amazone il coûte quand même 112,83 €, soit 73.000 fcfa).

Déjà je ne suis pas enceinte comme certains de mes amis l’ont présagé alors que j’avais mis la couverture du livre en story whatsapp. Je grandis. J’ai aimé m’informer sur cette question me préparant à ma vie d’adulte future, oh yes ! Essayer de comprendre le récit d’une grossesse, encore plus touchant ce cas si particulier, bien que dans ce genre de situations, l’expérience de quelqu’un d’autre ne peut réellement aider, ni à faire un choix, ou peut-être alléger la douleur.

Je voulais aussi appréhender le ressenti de Béatrice qui a porté un enfant avec une hernie diaphragmatique (une malformation congénitale assez rare qui touche environ 2500-3500 naissances). C’est une expérience terrible que je ne souhaiterais à aucune femme, même si ça peut arriver à n’importe qui.

D’un autre côté, c’est un livre que j’ai beaucoup aimé. Et comme je suis une personne émotive, j’ai versé une larme sur chacun des passages suivants qui m’ont abreuvé :

« T’es assise ? On a quelque chose à vous dire. Ben voilà, on a un peu raté le bébé… » page 26.

« Tout s’est passé en moi sans que je ne puisse intervenir… J’avais déjà l’impression d’être une mauvaise mère qu’on aurait pu accuser de « non-assistance à personne en danger ». page 27.

« Oui, je le savais bien, mais quand on recherche à tout prix une bribe de réconfort, une lueur d’optimisme, un brin d’espoir, il ne faut pas nous assommer d’une tonne de vérités trop hâtivement prémonitoires et certainement décourageantes ». page 31.

« Le fait de ne jamais être sûr si nous devions nous préparer la vie, tout en envisageant la mort, sachant que l’une et l’autre allaient se donner la main, et mener un bras de fer dont il était impossible de connaître l’issue ». page 39.

« J’en suis ressortie soulagée et si mal à l’aise : je parlais d’enterrer ma fille qui était dans mon ventre, qui m’entendait, qui me sentait sangloter, et qui me suivait dans toutes ces démarches anachroniques. Je parlais d’elle à la troisième personne, alors que c’était une partie de moi-même qui allait disparaître » page 63.

« Dénise avait changé d’avis sur les hypothèses du sexe de notre bébé : ça doit être un garçon, car les filles, on sait les faire. » Aïe !

La franchise et la sincérité de l’auteure m’ont fait glaner dans son histoire. Ce livre m’a transpercé. Cette expérience de Béatrice m’évoque aussi l’aspect de comment ces expériences sont vécues ou abordées dans notre société, je veux parler de certaines maladies génétiques ou malformations congénitales. C’est un autre sujet tabou. Je serai tentée de faire beaucoup d’amalgame. Ne m’en tenez pas rigueur.

Dans certaines circonstances, le silence est pire que tout. Ma tante maternelle, âgée d’une vingtaine d’années a eu un enfant avec une malformation, alors qu’elle avait eu une fille durant son adolescence. Elle s’est consacrée durant 14 ans à élever cet enfant et à le voir grandir. Quoique ne grandissant vraiment pas. C’était une fille. Très dépendante, sa mère devrait tout faire pour elle.

Elle n’a plus fait d’enfant. Par choix ou par peur, je ne sais pas. Aujourd’hui encore, je n’ai pas trop la force d’en parler avec elle. Et aussi de quel droit ? On ignore ce que peut cacher une telle expérience, aussi douloureuse et insaisissable.

Une dame du quartier que tout le monde n’appréciait pas forcément a eu un enfant de ce type. Les gens disaient que c’était bien fait pour elle puisque de toutes les façons c’était une femme aigrie. Je trouvais ça méchant à l’époque, et ça n’a pas changé.

Dans notre société, nous nous intéressons très peu aux ressentis. Mieux nous les ignorons. Limite on prend ça pour des expériences très banales. Je ne me rappelle pas avoir ressenti quelconque tristesse quand une femme de mon entourage faisait une fausse couche par exemple. Ça devrait passer, me disais-je comme tout le monde.

La sœur d’une amie a fait le deuil de son enfant mort né pendant 3 ans, les gens trouvaient qu’elle exagérait. Que de toute façon, elle n’avait pas connu cet enfant.

Enfin, un ami m’a demandé pourquoi je lisais ce livre puisque de toute façon, ça n’ avait pas grand intérêt pour moi. Je voulais comprendre le ressenti de Béatrice qui je pense qu’à travers ses écrits a su bien dévoiler la douleur de porter un enfant mal formé, et de vivre une maternité sans enfant. Une expérience où la vie et la mort se sont bousculées jusqu’au dernier soupir.

Le livre se termine sur une fin heureuse. Béatrice aura eu un autre enfant après Loanne. La mort de Loanne, et toutes ces expériences n’ont finalement pas changé leurs plans de vie pour autant, puis que leur autre fille naissait la même année en Décembre. C’est une grandeur d’esprit du couple, que j’ai aussi beaucoup apprécié.

Je me donnerais à cœur joie à la relecture. Si vous êtes à Brazzaville, et que souhaitez le lire, pas de soucis, je le prête !

Allez, tchao !

Benja Merline

J'étudie le droit international. Je suis éclectique et très éclatée. Je vomis ici mes opinions, à cœur ouvert. C'est un vrai Méli-mélo.

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